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Française 



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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 





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SEINE-ET-OISE 



BIBLIOTHEQUE SAINTE-GENEVIEVE 



910 987089 5 










Galerie Française 

PUBLIÉE SODS LA DIRECTION DE 

LOUIS MAIIVARD 

Ancien chef-adjoint du cabinet de M. le Ministre de l'Instruction 
publique, Lauréat de l'Académie française. 

AVEC LA COLLABORATION DE : 

Recteurs, Inspecteurs généraux de l'Université, Inspecteurs d'aca- 
démie, Inspecteurs primaires, Doyens de Facultés des lettres, Pro- 
fesseurs agrégés des lycées et collèges, Publicistes, etc., etc. 

Mettre dans les mains de nos écoliers français un livre de lecture 
qui fasse revivre à leurs yeux et grave dans leur esprit, le passé 
historique de la terre natale avec son cortège d'illustrations et de 
célébrités, tel est le but de la « Galerie Française ». 

Divisée en quatre-vingt-six volumes — un par département — celte 
Galerie est, au premier chef, une œuvre de patriotisme et constitue 
un précieux instrument d'éducation civique : elle élargit heureuse- 
ment, dans le sens local, jusqu'à ce jour un peu négligé, le champ 
des connaissances historiques de l'écolier; elle impose à l'esprit de 
ce dernier le souvenir des gloires ou des mérites d'hommes qui sont 
nés du même sol que lui et ont immortalisé ce berceau commun, et, 
réchauffant par là son culte pour la terre delà Patrie, elle exploite 
noblement, pour la plus pure édification de la Jeunesse, le grand 
héritage de nos pères, si riche en glorieux exemptes, si prodigue de 
fières leçons. 

La rédaction des quatre-vingt-six livres qui composent la « Galerie 
Française » a été demandée aux plumes les plus autorisées ; il suffira 
de citer quelques noms : MM. Régis Artaud, inspecteur d'académie, 
chef du Cabinet deM. leMinistre de l'Intérieur, présidenidu Conseil; 
Compayrê, recteur de ^Académie de Poitiers; Causeret, inspecteur 
d'académie, docteur es lettres ; Chanal, inspecteur d'académie ; 
Delaage, professeur à la Faculté de Montpellier ; Adrien Dupuy, 
professeur agrégé au lycée Lakanal ; A. Durand, secrétaire de 
l'Académie de Paris; Duplan, inspecteur général de l'Université; 
E.des Essarts, doyen de la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand ; 
Flourens, ancien ministre des Affaires étrangères; Guillon, agrégé 
d'histoire, docteur 'es lettres ;lMurtel, inspecteur général de l'Univer- 
sité; Métivier, inspecteur général honoraire; Fleury-Ravarin, Con- 
seiller d'Etal; Riquet, professeur à l'Ecole alsacienne; A. T/ieuriet, 
lauréat de l'Académie française; Sevin-Desplaces, conservateur à la 
Bibliothèque Nationale; Tranchait, ancien proviseur du lycée 
d'Orléans; etc., etc. 

Chacun des livres de la « Galerie Française » forme un t'n-18 
jésus, tiré sur beau papier, illustré de portraits gravés sur bois 
et cartonné avec titre spécial. 

Prix du volume : 1 fr. SO. 



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GALERIE FRANÇAISE 



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L V *4 yifrj<+ - 



SEINE-ET-OISE 

PAR 

E.-H. VALARAY 

FUBLICISTE 




PARIS 

CUREL, GOUGIS S 

ÉDITEURS 

3 el 5, place de Valois 



Tous droits réser 



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SEINE-ET-OISE 



Le département de Seine-et-Oise a une superficie territo- 
riale de 560.386 hectares, divisée en 6 arrondissements, 
37 cantons, 689 communes. Sa population est de 628.390 ha- 
bitants. Il fait partie de la première Conservation des forêts. 

Commerce et industrie. Grâce à l'école de Grignon qui pro- 
page les nouvelles méthodes et les nouveaux instruments, 
l'agriculture est très avancée, et il s'y fait un assez grand 
commerce de grains; papeteries et fabriques d'étoffes à 
Essonnes; forges d'Alhis; exploitation déplus de 500 car- 
rières; moulins à farine à Corbeil. Produits de la manufac- 
ture nationale de porcelaine de Sèvres et d'arbustes des pépi- 
nières de Versailles. 

Anna', justice et cultes. Le département est compris dans le 
2° corps d'armée pour l'arrondissement de Pontoise, dans le 
3° corps pour les arrondissements de Mantes et de Versailles, 
dans le 4 e corps pour l'arrondissement de Rambouillet et 
dans le 5 e corps pour les arrondissements d'Etampes et de 
Corbeil; ses tribunaux sont du ressort de la Cour d'appel de 
Paris; le diocèse de Versailles est suffragant de l'Archevêché 
de Paris. 

Instruction publique. Académie de Paris. Enseignement 
secondaire : Ecole normale supérieure d'enseignement supé- 
rieur secondaire pour les jeunes filles, à Sèvres, Lycée Hoche, 
Lycée de jeunes filles; collèges à Elampes et à Pontoise! 
Enseignement primaire : Ecole normale supérieure d'ensei- 
gnement primaire (instituteurs) à Saint-Cloud. Ecoles nor- 
males d'instituteurs et d'institutrices à Versailles; cours nor- 
mal libre d'institutrices protestantes à Boissy-Saint-Léger; 
école professionnelle à Versailles; écoles primaires supé- 
rieures de garçons, à Dourdan, de filles à Versailles. Cours 
complémentaires de garçons et de filles. Il y a 1.021 écoles 
primaires publiques (342 de garçons, 310 de filles, 309 mixtes) 
et 84 écoles maternelles, recevant 56.795 enfants de 6 à 
13 ans. Il y a 388 caisses d'épargne scolaires et 456 caisses des 
écoles. D'après le degré d'instruction des conscrits de la classe 
1891, le département occupe le 20° rang (le nombre des cons- 
crits sachant au moins lire est de 91,1 sur 100.) 






PAYS ET GENS 



Comme le jardin environne la maison, le départe- 
ment de Seine et Oise environne Paris et le dépar- 
tement de la Seine. 

Il passe, à juste titre, pour un des plus beaux et 
des plus riches de France. Sur le parcours immédiat 
des grandes voies ferrées qui partent de Paris en se 
dirigeant dans tous les sens, sur celles d'Orléans, 
de l'Ouest, de Lyon et de Sceaux, la vue ne rencontre, 
sans presque aucune interruption, que de belles villas 
situées au milieu de jardins artistement dessinés et 
soigneusement tenus ; que de superbes châteaux en- 
tourés de beaux parcs aux allées d'arbres séculaires; 
puis, servant à peu près partout de cadre à ces ta- 
bleaux, des collines d'une hauteur moyenne de 
173 mètres; sur ces collines, des bois, dont quel- 
ques-uns de très vaste étendue : dans le département 
même sont les belles forêts de Versailles, de Saint- 
Germain, de Rambouillet et de Meudon. Ça et là, 
quelques vallées étroites et profondes, dont les plus 
connues et fréquentées sont celles de l'Orge et de 
l'Yvette, au sud du département. 

C'est surtout dans la vallée de l'Orge, principale- 
ment entre la Seine et la colline où s'élève la vieille 
tour de Montlhéry, que se rencontrent ces propriétés 
dont nous venons de parler, d'un si agréable coup 



SEINE-ET-OISE 



d'oeil pour le voyageur. Le touriste y va chercher les 
beaux sites des hauteurs rocheuses de Rochefort en 
y vélines, et des petites Alpes de Saint-Chéron. 

La vallée de l'Yvette, ruisseau affluent de l'Orge, 
est plus profonde; elle apparaît bordée de collines 
boisées, qui forment de leur côté de charmants val- 
lons latéraux dont le plus remarquable est celui des 
Vaux, de l'ancienne Abbaye de Cernay, rendez-vous 
favori de la plupart des artistes parisiens. 

Le chef-lieu du département est Versailles, ville 
que la royauté de Louis XIV a rendue célèbre et dont 
le château a été le centre de la diplomatie euro- 
péenne au xvni siècle, ainsi que le berceau de presque 
toute la descendance du Grand Roi. 

Versailles a d'autres souvenirs historiques mal- 
beureusement moins brillants pour notre sentiment 
national, et de date plus rapprochée. C'est dans le 
palais même du triomphateur de Nimègue que fut 
proclamé, le 18 janvier 1871, le nouvel Empire alle- 
mand, et que les souverains d'avant 1866 firent 
échange de leur couronne contre le casque du Bran- 



debourg 



L'Assemblée nationale élue à la fin de la guerre 
alla siéger à Versailles. Cette assemblée, l'une des 
plus royalistes de ce siècle, n'en fut pas moins obligée 
d'obéir à la force des choses, et de voter, le 25 mai 
187o, la Constitution en vertu de laquelle notre pays 
entra, par la voie de la légalité, dans le régime ré- 
publicain. 

Après Versailles, les villes ou les endroits les plus 
remarquables sont : 

Saint-Germain-en-Laye, située près de la belle forêt 
de ce nom, et célèbre par son château qui remonte 






LE PAYS ET LES GENS 9 

au temps de François 1", et surtout par sa magni- 
fique terrasse, l'un des chefs-d'œuvre de Le Nôtre, 
laquelle domine toute la vallée de la Seine. 

Meudon et Saint-Cloud, dont les beaux châteaux 
historiques ont été détruits par l'artillerie allemande, 
et où il ne reste que de belles terrasses, datant éga- 
lement de l'époque de Louis XIV. 

Etampes, Ponïoise, Mantes et Corbeil, villes très 
anciennes, que leur proximité de Paris voue à peu 
près exclusivement au commerce des grains, de la 
farine, et aux industries de meunerie. 

Rambouillet, avec un château historique encore 
debout et une forêt qui couvre 13.000 hectares. 

MoNTMORExcr, également près de la forêt du même 
nom, berceau de l'une des plus anciennes ei plus 
célèbres familles de France. 

- Enghien, lieu de villégiature estivale pour les Pari- 
siens empêcb es d'aller plus au loin; assez beau lac, 
de 1,000 sur 300 mètres. — Forges-les-Baims. en" 
conditions analogues. 

Satht-Cyr, école de préparation militaire des futurs 
officiers de l'armée française, établie là par Napo- 
léon P r sur une des fondations de Louis XIV. 

Dourdan, petite ville industrieuse, où se trouve 
encore un vieux château fort du vin* siècle. — 
Montfort-l'Amaurt avec môme souvenir. 

Sèvres, que sa manufacture de porcelaines a rendu 
célèbre dans le monde entier. 

Le département de Seine-et-Oise est traversé dans 
toute son étendue par la Seine . Le fleuve y forme 
par ses nombreux. détours, surtout en sortant de 
Paris et en remontant vers le Nord, une succession de 
bassins d'aspect infiniment varié. 






1 



SEINE-ET-OISE 



La Seine entre dans le département au-dessous de 
la pittoresque ville de Corbeil, et après avoir passé 
au pied des petites colllines de Ris-Orangis et de la 
forêt de Sénart, pénètre à Choisy-le-Roi dans le 
département qui porte son nom, s'y grossit d'un tiers 
par l'affluence de la Marne, et en ressort dans le 
vallon de Sèvres. De là, elle reprend sa route dans le 
département de Seine-et-Oise, en suivant les prolon- 
gements de nombreuses hauteurs qui fuient en 
s'arrondissant à l'horizon vers les forêts ou bois de 
Saint-Germain; passe ensuite à Meulan, Mantes, 
Limay, Rosny, Bonnières, et entre enfin dans le 
département de l'Eure, au confluent de la jolie 
rivière d'Epte. 

Quant à l'Oise qui a dû donner son nom au dépar- 
tement pour aider à le distinguer de ceux de la Seine 
et de l'Oise, elle y pénètre au nord-est de l'arron- 
dissement de Pontoise et va tomber dans le fleuve 
à Conllans-Sainte-IIonorine. 

Des habitants de ce département on ne sau- 
rait rien énoncer de caractéristique : ce sont ceux 
de l'ancienne Ile-de-France, et par conséquent, 
sauf dans le nord des arrondissements de Pontoise et 
de Mantes, exactement ceux de Paris même. Or, de 
génération en génération, de toutes les provinces de 
France autrefois, de tous les départements aujour- 
d'hui, toute une population est venue se fixer à Paris, 
s'y marier et fonder des familles, qui n'ont rien de 
commun entre elles que le lieu de naissance, rien de 
semblable que l'habitation dans la grande cité. 
Quand ces familles ont un peu d'aisance ou en ont 
acquis, elles rayonnent en villégiature tout autour de 
Paris, et là se" reproduit à peu près le même cas 



ROIS DE FRANCE 



1 1 



général. On ne peut donc pas faire, pour la Seine-et- 
Oise une esquisse de l'esprit local. — Ce que nous 
pouvons toutefois dire ici, c'est que presque tous 
les hommes dont nous allons parler appartenaient 
à des familles originaires de l'endroit où ils sont 
nés eux-mêmes. 



A. — ROIS DE FRANCE 

Le département de Seine-et-Oise a vu naître huit 
rois : tous ont joué un rôle important dans notre his- 
toire; leur caractère et les événements qui ont mar- 
qué leur règne sont trop connus de nos lecteurs pour 
que^nous ayons à les rapporter ici. Nous nous bor- 
nerons à donner les noms de ces rois, avec la date 
de leur naissance et celle de leur mort. Ce sont : 

Philippe-Auguste, 1165-1232 ; Louis IX, 1215- 
1270 j'Philippb III, 1245-1285; Henri II, 1519-1559; 
Louis XIV. 1638-1715; Louis XVI, 1754-1793; Louis 
XVIII, 1755-1824; Charles X, 1757-1836. 



B. 



SOLDATS ET MARINS 



Simon de Montfort (1150-1218). 

Ce personnage offre un exemple de la fureur à la- 
quelle le fanatisme peut entraîner un homme. 

Il fit d'abord partie de la seconde croisade, alla en 






] 2 



SE1NE-ET-0ISE 



Palestine, et s'y distingua par sa bravoure. Quelques 
années après son retour, il fut élu chef de la croisade 
à diriger contre les malheureux Albigeois. Dans cette 
guerre religieuse en apparence, destinée en réalité à 
servir l'ambition de quelques barons, Simon de Mont- 
fort se signala par un courage extraordinaire mais 
que sa cruauté réussit à dépasser. A la prise de Béziers 
(1209) il ordonna le massacre général des habitants, 
et comme on lui présentait à ce sujet quelques obser- 
vations : « Tue, tue! s'écria-t-il, Dieu saura bien 
reconnaître les siens. » — D'autres ont attribué ce 
triste propos au légat du Pape ; d'autres enfin Tont 
nié. — Quatre ans après, il défit à Muret l'armée de 
Pierre II d'Aragon qu'il tua, dit-on. de sa main; cette 
victoire le mit en possesion des Etats du comte Ray- 
mond de Toulouse. Le Pape, en confirmant cette usur- 
pation, se rendit complice de toutes ses violences. 
Toulouse ayant chassé ses soldats, il revint avec 
une armée, l'assiégea et l'eût probablement inondée 
de sang, si une forte pierre adroitement lancée des 
murailles, n'eût, en tuant ce monstre, débarrassé bien 
à propos la terre. 

Villi«M-H de l'Isle-Adam (1384-1437). 

D'une ancienne famille de barons, Villiers suivit 
comme ses aïeux la carrière des armes. Il s'attacha 
d'abord au parti des Anglais, ou plutôt à celui du duc 
de Bourgogne, pour le compte duquel il s'empara de 
Paris. Le duc, ayant qualité de lieutenant général du 
Royaume, le nomma pour ce fait d'armes maréchal 
de France; mais le roi d'Angleterre, étant venu pren- 
dre possession de Paris, se trouva froissé des allures 
indépendantes du guerrier français : il ordonna de 



SOLDATS ET MARINS 



13 



l'enfermer à la Bastille et, de là, l'eût envoyé à l'écha- 
faud, s'il n'avait craint de s'aliéner le duc de Bour- 
gogne. A la réconciliation de ce dernier av.ec 
Charles VII, l'Isle-d'Adam reçut le commandement 
d'un corps de troupes royales, avec lequel il com- 
battitavantageusement contre les armées du roi d'An- 
gleterre. Repassé plus directement au service de Phi- 
lippe de Bourgogne, il fut tué dans une émeute à 
Bruges. 

Général Leclerc (1772-1802). 

Né à Pontoise. fds d'un de ces négociants en farine 
que l'on trouve encore en assez grand nombre dans 
cette ville, Leclerc s'engagea comme volontaire dès 
les premiers jours de la Révolution. Deux ans après, 
nous le trouvons capitaine au siège de Toulon, où 
il se lie intimement avec Bonaparte, le suit dans sa 
campagne- d'Italie et en revient général de brigade 
pour épouser la sœur de son protecteur qui fut plus 
tard la princesse Borgbèse. Désigné ensuite comme 
chef d'état-major de Berthier, il fit réussir le 18 bru- 
maire, en se mettant à la tête des grenadiers qui 
expulsèrent à la baïonnette le conseil des Cinq-Cents. 
Nommé aussitôt général de division, il partit à l'ar- 
mée du Rhin, servit sous Moreau et sut contribuer à 
la victoire de son chef à Hohenlinden. Le premier 
Consul le choisit ensuite pour commander l'armée 
d'expédition contre Saint-Domingue : quelques jours 
après son débarquement, Leclerc fut atteint de la 
fièvre jaune et mourut. Il avait 31 ans à peine. Sa 
mort fut fatale à cette expédition. 






1 4 



SEISE-ET-OISE 



Hoche (Lazare) (1768-1797). 

Le général Hoche est l'un des plus beaux caractères 
de- la Révolution française et l'une de ses plus glo- 
rieuses figures militaires. On peut dire que nul, plus 
que lui, n'a incarné cette conception démocratique 




admise aujourd'hui chez presque tous les peuples : 
l'homme de la société moderne, quelle que soit la 
modestie de son origine ou les misères de ses com- 
mencements, peut s'élever par son mérite au premier 
rang de la hiérarchie sociale. 

Lazare Hoche naquit à Versailles le 24 février 1768. 
— Il était fils d'un simple garde des communs royaux, 



SOLDATS ET MARINS 



15 



et en 1782, il fut admis comme aide-palefrenier dans 
les écuries du Roi. Son père étant mort, le jeune 
adolescent, auquel son humble emploi ne procurait 
encore aucuns gages, ne trouva un peu de secours et 
d'appui qu'auprès de l'une de ses tantes, fruitière 
à Versailles. A cette brave femme, il ne demandait 
de l'argent que pour acheter des livres, et ces livres, 
il en faisait ses compagnons de jour et de nuit. 

Deux ans après, porté par vocation au métier 
des armes, il réussit à se faire admettre dans le régi- 
ment des gardes françaises. Il n'avait encore que seize 
ans, mais sa stature et sa vigueur physique lui fai- 
saient accorder facilement vingt ans. 

On le vit monter des gardes etse charger de corvées, 
toujours dans le même but : se procurer des livres. 
Dans les journées d'octobre 1789, il prit part à la 
défense du château et fut remarqué par La Fayette, 
qui l'engagea dans l'un des régiments de Paris avec 
le grade d'adjudant. En 1792, il reçut l'épaulette et 
fut nommé lieutenant dans le régiment de Rouergue. 

Ayant dès lors les loisirs de l'officier, il reprit ses 
études et les concentra sur la science militaire. 
Envoyé avec son régiment au siège de Thionville, il 
ne tarda pas à se signaler à l'attention du général 
qui le choisit comme aide de camp. Le corps de 
siège rejoignit l'armée de Dumouriez, et le jeune 
officier prit part à la journée de Nerwinde. Après la 
défection de Dumouriez, son chef et lui revinrent à 
Paris. 

Hoche, qui avait conçu tout un plan de campagne, 
sollicita du Comité de salut public une audience, où 
il exposa ses vues avec tant de netteté qu'il les vit 
admettre par les membres du Comité. Ceux-ci lui 



10 



SEINE-ET-01SE 



expédièrent le brevet d'adjudant général et lui con- 
fièrenl la mission de protéger Diuikerque contre les 
troupes du duc d'York. Hoche arrive, ranime, par 
ses discours et par son exemple, la confiance ébranlée 
de la garnison, l'établit dans un camp retranché en 
dehors de la ville, tient tête à toutes les attaques 
et immobilise les troupes d'investissement jusqu'à 
ce que la victoire de Houchard à flondschoote les 
oblige à suivre la retraite de l'armée anglaise. 

Cette heureuse défense de Dunkerque ouvrit à Ho- 
che le chemin des hauts grades. Il fut nommé général 
de brigade, et peu après, favorisé par un vide survenu 
dans les cadres, général de division. C'est en cette 
qualité qu'il reprit aux ennemis la ville de Fumes. 

Le commandement de l'armée de la Moselle étant à 
donner, le Comité de salut public résolut de le con- 
fier au jeune général qui semblait devoir être un 
favori de la fortune des armes. Il n'avait alors que 
24 ans. Ainsi que nous l'avons vu, il ne devait abso- 
lument rien à la naissance ; il ne devait pas davantage 
aux moyens d'action que la richesse procure ou per- 
met d'employer : il n'en était pas moins arrivé, en 
deux campagnes seulement, à parcourir toute 
l'échelle des grades, mais chacun d'eux avait été la 
récompense ou d'une inspiration heureuse ou d'une 
action d'éclat. 

Le fameux bataillon de la Moselle était devenu 
l'armée de ce nom, armée dépourvue des éléments 
qui donnent à des troupes la solidité nécessaire. 
Hoche renouvela ce qu'il avait réalisé précédem- 
ment avec la garnison de Dunkerque : il ranima 
d'abord la confiance de ses soldats. L'armée prus- 
sienne avait envahi l'Alsace et l'occupait tout en- 



SOLDATS ET MARINS 



17 



tière; de plus, elle assiégeait Landau, et la chute de 
cette place n'était qu'une question de temps. Le jeune 
commandant en chef de l'armée française conçut le 
projet de délivrer la place, et comme contre-coup, 
d'obliger le restant des troupes d'occupation à éva- 
cuer complètement la province. Mais il avait affaire 
à des troupes solides, et commandées par un des 
plus habiles manœuvriers de l'Europe : le duc de 
Brunswick. Hoche, plein de confiance dans la va- 
leur des siennes, et un peu aussi dans sa propre 
science militaire, alla lui livrer bataille dans sa forte 
position de Kaiserlautern. Repoussé le premier jour, 
il le fut également le second, et ne réussit pas mieux 
le troisième. Alors il recula, fit reposer ses troupes, 
et, quinze jours après, reparut avec un autre plan. 

Laissant une division sur la Sarre, afin de cacher 
son mouvement, il traversa les Vosges par un affreux 
temps, et sachant que Pichegru manœuvrait sur la 
gauche de Wurmser, il se porta sur la droite du 
général autrichien, qui, sentant le danger, recula 
rapidement. Hoche le poursuit de munie, l'atteint à 
"Wissembourg, le met en déroute, et, s'avançant avec 
toutes ses forces vers Landau, en fait lever le siège. 
Il poursuit alors la seconde partie de son plan de 
campagne, reprend successivement Germesheim, 
Spire, AVorms, et amène enfin l'évacuation de toute 
l'Alsace. 

Mais tant d'heureux succès devaient être suivis de 
presque autant d'amertumes. Un redoutable envieux 
de ces succès surgit en Pichegru. Ce général, furieux 
d'avoir été placé sous le commandement de Hoche, 
ne cessa d'intriguer auprès de Saint-Just et de Lebas, 
commissaires de la Convention à l'armée de la 






18 



SEINE-ET-OISE 



Moselle. Hoche n'avait pas songé qu'il dût se faire 
leur courtisan ; Pichegru adopta ce rôle et y réussit. 
Le rapport des deux commissaires au Comité de 
Salut public attribua en conséquence tout le succès 
de Wissembourg aux combinaisons de Pichegru; il 
lui attribua même le mérite d'avoir débloqué Lan- 
dau. Hoche protesta, établit la fausseté des affirma- 
tions du rapport, mais il y apporta tant de vivacité 
que Robespierre, incité par Saint-Just, le prit en 
suspicion et résolut de le perdre. N'osant le faire 
arrêter au milieu de ses soldats, qui l'adoraient, on 
lui adressa l'ordre de se rendre à l'armée d'Italie pour 
en prendre le commandement : un autre ordre, ce- 
lui-là d'arrestation et de citation à la barre delà Con- 
vention, l'attendait à Nice. Ramené à Paris en cri- 
minel, il fut enfermé à la Conciergerie et n'en sortit 
vivant que grâce au 9 thermidor. 

Rendu à la liberté, il ne tarda pas à être investi du 
commandement des armées de la Vendée, et montra 
dans ce nouveau poste que les qualités de l'homme 
politique s'alliaient chez lui à celles du général. 

Jugeant qu'il avait devant lui, non des ennemis 
dans le sens môme du mot, mais des concitoyens 
aveuglés ou égarés, il essaya de la conciliation avant 
môme d'en avoir reçu l'ordre ; toutefois les passions 
des deux partis étaient trop surexcitées, pour que ce 
moyen pût aboutir. 

Tout à coup, la consternation se répand dans 
toute la Bretagne : on vient d'apprendre la descente 
des émigrés à Quiberon. Au milieu du désarroi gé- 
néral, Hoche ne perd pas son sang-froid; il réunit 
rapidement ses troupes éparses, et profitant de l'inac- 
tion de l'armée royaliste, il s'empare d'Auray, emporte 



SOLDATS ET MARINS 



1 ;> 



le fort et bloque les émigrés dans la presqu'île, ce qui 
oblige les uns à se rembarquer, les autres à capituler. 
La Convention ayant envoyé à leur sujet des ordres 
sanguinaires, Hoche refusa de les exécuter : il remit 
le commandement à l'un de ses divisionnaires et 
remonta vers Saint-Malo. Deux mois après, le Direc- 
toire lui envoya des pouvoirs illimités, avec la mis- 
sion de pacifier la Vendée. 

Le général se mit en route pour ce pays, en fit 
occuper immédiatement les points militaires, rassura 
les habitants par la promesse formelle de respecter 
leurs personnes et leurs biens, puis, empruntant la 
tactique des insurges, il les combattit au moyen de 
colonnes mobiles, qui, se portant d'une position mi- 
litaire à l'autre, nettoyaient en quelque sorte le 
pays sur leur passage. Charette et Stofllet, de jour 
en jour plus affaiblis devant un adversaire qui renou- 
velait constamment ses forces, furent pris les armes 
à la main, et fusillés on vertu de lois édictées contre 
eux spécialement. Le vainqueur s'occupa ensuite de 
pacifier l'Anjou, la Bretagne, le Maine et la Nor- 
mandie, et il eut le bonheur d'y réussir sans avoir à 
verser de nouveau le sang français. Aussi le Direc- 
toire, par un décret de juillet 1796, déclara-l-il que 
l'armée de l'Ouest et son général avaient bien mérité 
de la Patrie. 

Débarrassé des soucis de l'intérieur, le jeune 
général conçut un plan que Napoléon devait repren- 
dre en partie plus tard : celui d'un débarquement en 
Angleterre, ou plutôt en Irlande. Il sut le préparer dans 
le plus grand mystère, et, sans qu'on en soupçonnât 
rien, embarquer le corps expéditionnaire. 

On était malheureusement en hiver : le vaisseau 



20 



SEINE-ET-OISE 



du général, séparé de la flotte par le mauvais temps, 
aborda seul en Irlande et fut naturellement contraint 
de reprendre la mer pour revenir en France où il 
ne parvint, qu'après avoir subi de nouvelles avaries 
et couru plusieurs fois le risque de tomber aux mains 
des croiseurs anglais. 

Hoche rentra à Paris et chercha un peu de repos : 
le chagrin de son échec l'avait rendu malade. Pour 
le remettre et le consoler, le Directoire lui donna 
le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse, 
la plus belle que l'on ait pu voir sous la Révolu- 
tion française; exercée, disciplinée, pourvue d'un 
excellent matériel, elle ne comptait pas moins de 
80.000 hommes. 

Avec une pareille armée et un tel général, la cam- 
pagne ne pouvait qu'être brillante, et elle le fut en 
effet. Hoche franchit le Rhin, sous le feu même de 
l'ennemi, culbute ce dernier, court sur le gros de 
l'armée autrichienne, l'attaque à Neuwied, la refoule 
à Ukerath, la bat à Allentrinchen, à Dicdorff, et s'em- 
pare de Wetzlar sans coup férir. En cinq jours, 
l'armée française avait parcouru trente et une lieues, 
et livré, partout victorieuse, cinq combats et deux 
batailles; l'armée autrichienne avait laissé entre nos 
.mains 8.000 prisonniers et 29 canons. 

Rien ne semblait devoir arrêter le glorieux vain- 
queur et ses soldats, lorsqu'il reçut la nouvelle que le 
général Ronaparte, triomphant de son côté, venait de 
signer un armistice avec l'archiduc généralissime. 
Il suspendit aussitôt tout mouvement, s'arrêtant net 
au milieu de son triomphe.; il établit son quartier 
général à Witzlar, sollicita un congé et, l'ayant 
obtenu, revint à Paris. 11 y trouva la lutte engagée 



SOLDATS ET MARINS 



21 



entre le Directoire et les Conseils, c'est-à-dire entre 
les Républicains et les partisans secrets de la Monar- 
chie. Hoche, avait d'autant plus désapprouvé les 
excès de la Révolution qu'il avait, nous l'avons vu, 
failli en être la victime, mais il ne lui paraissait pas 
cependant que rien pût être substitué au nouvel 
ordre de choses. Le Directoire, absolument répu- 
blicain, sauf Barras, résolut de faire appel à sa 
loyauté et de lui déléguer tout le pouvoir mili- 
taire. Pressenti à ce sujet, le général répondit sim- 
plement: « Je vaincrai tous les ennemis de la Répu- 
blique, et quand j'aurai sauvé ma patrie, je briserai 
mon épée. » 

Pour exécuter son plan, il envoya un ordre de 
rappel à quelques-unes de ses troupes, mais ce mou- 
vement ne pouvait passer inaperçu. Une violente cla- 
meur s'éleva dans les deux Conseils contre le général 
Hoche et contre le Directoire qui, pris de peur, en- 
voya aux troupes rappelées l'ordre de retourner à 
l'armée du Rhin. Indigné de tant de faiblesse et ayant 
à cœur de justifier sa conduite, Hoche demanda sa 
mise en jugement. Le Directoire exécutif rejeta na- 
turellement sa demande, et l'invita à rejoindre son 
quartier général : il en reprit la route, mais à peine 
y fut-il arrivé, qu'il tomba subitement et violemment 
malade. Atteint de douleurs brûlantes, il cracha le 
sang, et les douleurs redoublant, perdit entièrement 
la voix. L'une de ses dernières paroles fut celle-ci : 
« Suis-je donc comme Hercule, enveloppé de la tu- 
nique empoisonnée de Nessus! » Le 15 septem- 
bre 1797, la Révolution voyait disparaître avec lui 
l'une de ses illustrations les plus pures. Heureux eût 
été l'infortuné général, s'il lui eût été donné de tom- 






22 



SE1NE-ET-01SE 



ber dans une immortelle journée, ainsi que Marceau, 
Joubert et Desaix,le drapeau de la France à la main,' 
au lieu d'expirer misérablement sous sa tente! 

L'ouverture du corps, ordonnée par son état-major, 
établit un empoisonnement, dont il serait d'ailleurs 
difficile de préciser le motif. — Ce qu'il y a de cer- 
tain, c'est que les ennemis qu'il avait à Paris, notam- 
ment Pichegru, alors du parti du général Bonaparte, 
ne cessèrent d'intriguer pour lui faire retirer là 
mission délicate que le Directoire avait voulu lui con- 
fier. Cette mission, qui aboutit au coup d'Etat de 
Fructidor, fut donnée à Augereau, soldat brutal, 
dont la valeur intellectuelle n'était pas à redouter, et 
d'ailleurs tout dévoué à Bonaparte. 

Le Directoire, en ordonnant de rendre au com- 
mandant de l'armée de Sambre-et-Meuse les plus 
grands honneurs, décida que son corps serait amené 
à Pétersberg et inhumé à côté de celui de Marceau. 
En même temps, une grande marche funéraire fut 
organisée au Champ de Mars, en l'honneur de ces 
deux héros, cérémonie renouvelée des temps anti- 
ques comme la plupart des fêtes de la Révolution. 

On peut dire du général Hoche qu'il représente à 
la fois l'idéal du soldat, du citoyen, et de l'homme. 
Général en chef à 24 ans, mort à 29, il acquit en 
5 ans une gloire qui le place au rang de nos premiers 
capitaines. — Fier, et peut-être ambitieux, il ne s'en 
montra pas moins, en toutes circonstances, généreux 
et désintéressé. Pendant son passage en Vendée, il 
adoucit, autant que cela fut en son pouvoir, les hor- 
reurs inhérentes à la guerre civile; il y fit preuve des 
vertus du citoyen. — Captif, il donna à l'étude toutes 
ses heures de prison, il s'efforça d'y rendre son es- 



rr:^-^^^^^*''' "-to y-y^jy-BS?: 






SOLDATS ET MARINS 



2 3 



prit plus sérieux et plus réfléchi; menacé de l'écha- 
faud, il conserva sa tranquillité d'âme et prouva 
qu'il y avait en lui, dans toute l'acception du mot: un 
homme. 

Voilà pourquoi, depuis son établissement définitif, 
la République célèbre chaque année une fête à Ver- 
sailles, en l'honneur de cette grande mémoire. 

Berttiiei- de Wagram (Pierre-Alexandre), 

(1755-1815). 

Né à Versailles, Berthier était le fils aîné d'un in-, 
génieur distingué, directeur, sous Louis XV, du 
dépôt de la guerre ; son père lui fit donner nne édu- 
cation toute militaire et le destina à l'arme du génie. 
A dix-sept ans, le jeune homme était nommé offi- 
cier dans le corps royal de l'état-major, qu'il quitta 
quelques années après pour passer dans l'infanterie. 
11 lit partie de l'expédition de La Fayette en Amé- 
rique, avec le grade de capitaine; il en revint avec 
celui de colonel, ce qui constituait un avancement 
rare pour un officier dont le père n'avait que des let- 
tres de noblesse. 

Nommé en 1789 major général de la garde natio- 
nale de Versailles, poste qu'il occupa deux ans, à 
Versailles d'abord, à Paris ensuite, il fit à l'occasion 
tous ses efforts pour protéger le roi et sa famille. A 
la fin de 1791 , promu adjudant général, il se renditavec 
Necker à Metz, pour y remettre à Kochambeau et à 
Luckner le bâton de maréchal ; ce dernier le retint 
comme chef de son état-major. Envoyé de là en Ven- 
dée, il rendit de grands services à d'inexpérimentés 
généraux en chef, en levant les plans du pays. Le gé- 
néral Kellermann.qui était chargé d'opérer en Italie, 



24 SEINE-ET-OISE 

demanda et obtint l'envoi de Berthier à son état-ma- 
jor, et ce fut Berthier qui eut la sage inspiration de 
faire occuper par l'armée de son général la ligne de 
Borghetto, qui arrêta la marche de l'ennemi Bona- 
parte avait depuis longtemps apprécié ses talents- 
aussi s empressa-t-il, à son départ pour l'Italie de lé 
demanderai! Directoire. Berthier justifia cette' con- 
fiance; ,1 rendit les plus grands services au jeune 
général par sa connaissance approfondie des cartes 
ainsi que par l'intelligente impulsion qu'il sut don- 
ner à 1 état-major. Il excellait, grâce à l'expérience 
acquise du métier de la guerre et aux études spé- 
ciales qu il avait faites, à rendre un compte précis et 
complet des manœuvres effectuées par l'armée- de 
plus, sur un champ de bataille, il savait saisir l'heure 
exacte où il importait d'envoyer des ordres. Napoléon 
1 apprécia toujours sous ce rapport, et l'on dit qu'à 
Waterloo il exprima hautement son regret de ne pas 
1 avoir avec lui. ' r 

A son retour à Paris et pendant le séjour qu'il v 
fit, le vainqueur d'Italie remit à son chef d'état-major 
le commandement de l'armée, et ce fut Berthier qui 
alla occuper Rome et proclamer la République ro- 
maine. Mais comme, en définitive, excellent en sous- 
ordre, il n avait pas assez de fermeté dans le carac- 
tère pour exercer le commandement en chef le 
désordre se mit dans l'armée française et devint tel 
q w n D /™ cto,re envo Y a "« autre commandant en 
chef. Berthier revint à Paris, Bonaparte eut toutes les 
peines du monde à l'en arracher pour l'emmener en 
Egypte ; il eut d ailleurs compassion de sa nostalgie 
sur la terre d Orient, et il n'oublia pas de l'en rame- 
ner. Berthier paya sa dette de reconnaissance en se 



SOLDATS ET MARINS 






dévouant aveuglément à son chef, pendant les jour- 
nées de Brumaire. 

Dès que le premier Consul fut maître de la situation , 
son chef d'état-major devint son ministre et fut chargé 
de la formation de la seconde armée d'Italie. A 
Marengo, Berthier fit tout son possible pour répa- 
rer l'une des rares fautes de son général : celui-ci, 
comme on sait, rendit le sort de la journée douteux 
en déployant son armée dans la plaine en face de la 
cavalerie et de l'artillerie autrichiennes, deux fois 
plus fortes que la cavalerie et l'artillerie françaises. 
Desaix, par son courage, Berthier par ses mesures, 
parvinrent à ramener enfin la fortune du côté de nos 
armes. 

Rentré en France, il reprit des mains de Carnot 
le portefeuille de la Guerre. Le sénatus-consultc qui 
conféra au premier Consul le titre d'Empereur devint 
pour son ministre une source d'infinies faveurs. 11 fut 
créé maréchal de l'Empire, grand veneur, colonel, 
général et enfin, en 1806, prince de Neufchàtel et de 
Valengin. Dès lors, à l'exemple des souverains, il ne 
signa plus rien que de son prénom Alexandre. On 
voit bien que la Révolution, dont Napoléon se disait le 
continuateur, avait dévié de sa ligne démocratique. 

A Iéna, à Friedland, à Ekinuhl, et surtout à 
Wagram, dont le nom lui resta comme glorieuse 
récompense, le chef d'état-major général fit admirer 
son sang-froid et son expérience des champs de 
bataille. 

11 désapprouva la campagne de Russie, mais il y 
suivit naturellement l'Empereur. Ici commence la 
seconde phase de sa vie, de beaucoup moins glorieuse 
que la première. Dans la retraite de Russie on ne 

2 






2 6 



SEINE-ET-OISE 



retrouve plus l'habile chef d'état-major du passé. Il 
confond les ordres, prend d'inutiles mesures, se que- 
relle avec les autres maréchaux et ne fait rien qui 
atténue l'immensité du désastre. 

Aux événements de 1814, sa conduite est singu- 
lière et très peu honorable.il abandonne l'Empereur, 
avant que celui-ci ait fait connaître son abdication. Il 
va plus loin, il accepte de se mettre à la tête des ma- 
réchaux et c'est lui, Berlhier, que l'on trouve haran- 
guant en leur nom Louis XVIII, et l'assurant du 
dévouement et de la fidélité des chefs de la vieille 
armée. 

Porté sur la liste des pairs de France et maintenu 
dans la plupart de ses emplois, il hésite, au retour de 
l'île d'Elbe, mais suit néanmoins Louis XVIII à 
Gand. Traité, au retour des Bourbons, avec une grande 
froideur, il quitte la Cour et se retire dans la princi- 
pauté de son beau-père, où il se voit assez mal ac- 
cueilli. Dès lors, une sombre tristesse s'empara 
de lui. 

Un matin d'octobre 1815, on le trouva étendu mort 
sur le pavé de la cour. On sait que bien des récits 
divers ont, surtout à l'époque, circulé sur cette fin 
étrange; il est certain que jamais l'on n'a pu fournir 
de version satisfaisante. Sa mort ne paraît pas , en 
somme, avoir été naturelle. 

' Barra (le jeune) (1780-1793). 
Cet enfant héroïque a donné au monde un bel 
exemple d'affection filiale et de dévouement patrio- 
tique. 

Entraîné par le souffle d'indignation qui secouait 
toute la France, il réussit à se faire .enrôler dans un 



SOLDATS ET MARINS 



27 



régiment qui fut envoyé en Vendée. Toutefois, bien 
qu'on le jugeât robuste pour son âge, il n'y fut admis 
qu'en qualité de tambour. 

A peine arrivé au régiment, il apprit que sa mère 
était devenue veuve : dès lors, il s'imposa de se ré- 
duire au plus strict nécessaire, afin de lui pouvoir 
envoyer régulièrement sa solde. 

Après avoir, à l'affaire de Cholet, fait prendre deux 
Vendéens, il fut entraîné par son ardeur juvénile et 
se trouva seul. Les soldats vendéens eurent d'abord 
la pensée de l'épargner, mais ils le sommèrent de crier 
avec eux: Vive le Roi ! — Barra, les regardant bien 
en face, s'écria résolument : Vive la République ! Il 
tomba aussitôt, percé de coups de baïonnettes, en 
serrant sur son cœur la cocarde tricolore. Il n'avait 
que treize ans et demi. 

La Convention, instruite de ce trait de courage et 
de cette fin héroïque, décida que le buste de Barra 
serait placé, à défaut de sa dépouille, dans le temple 
du Panthéon et que le récit de sa mort, encadrant 
une gravure, serait envoyé à toutes les écoles de 
France. Elle décréta de plus que, pour remplacer la 
solde qu'il envoyait à sa mère, chargée de famille, 
une pension annuelle de mille livres serait à titre 
national accordée à cette mère. 

L'héroïsme du jeune Barra fut d'ailleurs célébré 
par tous les poètes et prosateurs de l'époque. C'est 
son nom que l'on retrouve dans l'une des strophes, là 
plus belle assurément, du Chant du départ : 

De Barra, de Viala, le sort uous fait envie ; 
Ils sont morts, mais ils ont vécu! 



La petite ville de Palaiseau, glorieuse à juste titre 



ÎS 



SEINE-ET-OISE 



d'avoir donné le jour à cet enfant, a fait e'riger sur 
sa place principale un monument commémoratif de 
l'acte d'héroïsme par lequel le jeune Barra entra dans 
l'immortalité à un âge où tant d'autres ignorent en- 
core la vie. 



C. — ÉCRIVAINS ET SAVANTS 

t.e Laboureur (1623-1C75). 

L'historien Le Laboureur naquit à Montmorency. 
Ayant dans sa jeunesse accompagné la maréchale de 
Guébriant, envoyée comme ambassadrice extraordi- 
naire en Pologne, il fit paraître à son retour une rela- 
tion de son voyage. Il en prit le goût des travaux 
historiques, écrivit l'histoire de son protecteur, le 
maréchal de Guébriant, tué à Rothweill en 1643, et 
fit suivre cette publication des Tableaux nobiliaires 
des rois de France et des Pairs du Royaume. 11 tra- 
duisit ensuite le célèbre manuscrit latin de l'abbaye 
de Saint-Denis : Histoire de Charles VI, qui parut 
en 1663. — Appartenant au clergé, il fut nommé, 
en récompense de ses travaux, prieur de l'abbaye de 
Juvigné-du-Mans. 

Vaillant (Sébastien) (1669-1722). 

^ Né à Vigny, près de Pontoise, Vaillant montra, dès 
l'âge de cinq ans, un penchant décidé pour la bota- 
nique ; mais son père, ne voyant pas où cette vocation 
pourrait un jour mener l'enfant, préféra lui faire étu- 



^ ■■^^^^■i 



ÉCRIVAINS ET SAVANTS 



20 



dier la musique. Le petit Sébastien y fit de tels pro- 
grès qu'à l'âge de douze ans, son maître étant mort, 
il lui succéda dans son emploi d'organiste d'une 
église de la ville. 

En ses heures de loisir, il allait à l'hôpital assister 
au pansement des malades. L'idée lui vint d'étudier 
la chirurgie ; là encore il progressa si vite, qu'à 
peine âgé de vingt ans, il put être envoyé comme 
aide-chirurgien aux armées. 11 assista en cette qua- 
lité à la bataille de Fleurus. 

Venu à Paris après la paix, il alla entendre les 
leçons de Tournefort, et tout son goût pour la bota- 
nique se réveilla. Le maître le distingua promp- 
tement et se l'attacha. Aux manœuvres militaires 
de 1700, il fit la connaissance de Fagon, premier 
médecin de Louis XIV, qui le choisit à son tour pour 
secrétaire et pour aide et, quelques années après, lui 
fit accorder la direction du Jardin Royal. Le Roi, 
ayant ordonné d'y construire un amphithéâtre et un 
jardin de pharmacie, Vaillant y disposa les sub- 
stances des trois règnes, dans l'ordre où elles se 
trouvent encore aujourd'hui. 

Les cours de botanique qu'il faisait au JardinRoyal, 
sous le nom alors usité de démonstrateur, étaient 
suivis par un très grand nombre d'auditeurs. Les pre- 
miers savants de l'époque y allaient assister. 

En Ht 6, Sébastien Vaillant fut appelé à l'Acadé- 
mie des sciences. 

Ayant si complètement approfondi son étude des 
plantes, il jugea le temps venu d'inaugurer enfin 
sa propre méthode. Celle de Tournefort ne le satis- 
faisait point. Il jeta les bases de la sienne, dans son 
discours de 1717 à l'Académie : c'était la même que 



30 



SE1NE-ET-OISE 



Linné a en, depuis, la gloire de développer, et qui 
s appuie sur la division sexuelle des plantes. 

Malheureusement la santé du savant professeur, 
affaiblie par de fatigantes recherches et par de longs 
travaux, ne lui permit pas d'être le fondateur de 
l'Ecole : il n'en a été que le précurseur. 

A sa mort, survenue en 1722, il laissa l'herbier le 
plus complet et le mieux raisonné que l'on eût vu 
jusqu'alors. Son grand ouvrage : le Botanicon pari- 
siense, resta inachevé ; il fut terminé et publié depuis 
par le savant hollandais Boerhaave. 
^ Sébastien Vaillant ne laissa aucune fortune : à 
l'honneur de sa mémoire, il ne vécut que pour la 
science. Il aurait pu être riche. Fagon, qui, avons- 
nous dit, l'avait protégé particulièrement, fut soigné 
par lui pendant sa dernière maladie avec le plus en- 
tier dévouement. Pourlui en témoigner sa gratitude, 
il voulut lui faire obtenir les droits qu'il tenait de la 
munificence de Louis XIV, sur le commerce des 
Eaux minérales du Royaume : Vaillant refusa ce 
don, qui l'eût enrichi comme il avait enrichi son 
protecteur. 

Saint-Simon (Le duc de) (1675-1755). 

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, grand sei- 
gneur de la cour de Louis XIV, naquit au château de 
Versailles. Pair du Royaume, il appartenait à une 
famille très ancienne, dont il a prétendu que l'ori- 
gine remontait à Charlemagne. On a dit avec rai- 
son de lui, qu'il était féru de noblesse. 

C'est là ce qui gâte, en effet, non pas l'existence 
même de l'homme, qui fut honnête en toute l'accep- 
tion du mot, mais l'œuvre splendide que le trop aris- 



■■■■—•—■■•■■■■ 



ÉCRIVAINS ET SAVANTS 



3 1 



tocratique duc et pair a léguée à la postérité. Nous 
disons bien : à la postérité. On sait que. dans son tes- 
tament, il spécifia formellement que ses Mémoires ne 
devaient être publiés que soixante-dix ans au moins 
après sa mort : ils ne virent le jour que quatre ans 




même après ce long délai, c'est-à-dire en 1829,- — leur 
auteur mourut octogénaire, en 1755. Il n'a pas, du 
reste, dépendu de bien des gens, qui les redoutaient, 
que cesMémoires ne parussent pas. 

Sous le titre de vidame de Chartres , il entra 
d'abord au service militaire, et il se distingua, quoique 
fort jeune, aux batailles de Fleurus et de Nerwinde. 



32 



SE1NE-ET-0ISE 



Croyant avoir à se plaindre d'un passe-droit, il donna 
sa démission, et hérita bientôt des titres et char-es 
de son père. & 

Il épousa la fille du maréchal de Lorges et vint 
alors prendre résidence à la Cour. Tout en y remplis- 
sant avec une correction accomplie son rôle de cour- 
tisan, il y montra des allures indépendantes gui mé- 
contentèrent le roi. Celui-ci toutefois, par considé- 
ration pour son caractère et surtout pour ses vertus 
privées, n'osa jamais user de rigueur à son é°nrd 
Vers l a f ln du règne de Louis XIV gaint g^ 

s attacha au duc de Bourgogne, et, après la mort de ce 
prince au duc d'Orléans. Il contribua, par son activité 

et son habileté, à lui faire accorder par le Parlement 

a Régence absolue, contrairement aux dispositions 
testamentaires du feu Roi. Aussi son crédit fut-il très 
considérable sous la Régence. Ce fut lui qui reçut la 
mission, en 1721, d'aller en Espagne y négocier le 
mariage du jeune Roi avec la fille de Philippe V Ce 
monarque l'accueillit avec distinction, et lui conféra 

e titre de grand d'Espagne. Toutefois en butte après 
la mort du Régent, à la haine du duc de Rourbon 
devenu premier ministre, il vit tomber rapidement 
son crédit, et s'éloigna de la. Cour. Retiré dans ses 
terres, il employa le reste de son existence à la com- 
position de ces merveilleux Mémoires qui ont été, 
dans notre siècle, comme une résurrection de celui 
de Louis XIV. 

•Dans sa préface du Dictionnaire de l'Académie 
édition de 1885, M. Villemain a déclaré Saint-Simon 
« 1 incorrect, mais unique rival de Tacite et de fios- 
suet». Cette appréciation de l'illustre critique est ri- 
goureusement exacte. Le style des Mémoires est 









ÉCRIVAINS ET SAVANTS 



33 



quelquefois négligé ; la phrase apparaît d'autres fois 
enchevêtrée et demande à être suivie avec une atten- 
tion qui fatigue, mais ces défauts disparaissent devant 
la puissante originalité de l'œuvre. Saint-Simon, 
soit qu'il ait les gens en amitié, soit qu'il les pour- 
suive de son aversion, sait tracer leurs portraits dune 
main magistrale ; quand il s'agit de les faire con- 
naître à son lecteur, sa pensée devient rapide et con- 
cise ; c'est par là qu'il se rapproche en effet de Tacite. 
Dans l'appréciation des événements auxquels il a pris 
part, ou qu'il a vus s'accomplir en spectateur silen- 
cieux, comme dans le jugement à porter sur les 
hommes, il montre en général plus de sévérité que 
d'indulgence, mais ce jugement se trouve accompa- 
gné de considérations élevées ou émues qui attei- 
gnent souvent à la véritable éloquence, et c'est parla 
qu'il procède aussi de Bossuet. 

« Saint-Simon, — a écrit aussi Sainte-Beuve, — 
est le plus grand peintre de son siècle. Jusqu'à lui, 
l'on ne se doutait pas de tout ce que peut fournir 
d'intérêt, de vie, de drame navrant et sans cesse 
renouvelé, les événements, les scènes de la cour, les 
revirements soudains, ou même le train habituel de 
chaque jour, les déceptions ou les espérances se 
reflétant' sur des physionomies innombrables dont 
pas une ne se ressemble. Jusqu'à Saint-Simon, on 
n'avait que des aperçus et des esquisses légères de 
tout cela : le premier il a donné, avec toute l'infinité 
des détails, une impression saisissante de l'ensem- 
ble... Les peintres de cette sorte sont rares et il n'y 
a même eu jusqu'ici, à ce degré de verve et d'am- 
pleur, qu'un Saint-Simon. » 






3 4 SEINE-ET-OISE 

Foui-mont (Les frères) (1683-90 — 1743-46), 
Natifs d'Herblay, les frères Fourmont comptent 
parmi nos plus anciens orientalistes. L'aîné, Etienne 
dit Fourmont l'aîné, acquit de son temps une réputa- 
tion très grande par sa connaissance des langues étran- 
gères et surtout par son érudition en cette matière 
11 composa de remarquables travaux sur le chinois 
notamment sa célèbre table des 214 clés de l écriture 
chinoise, travaux dont les recherches plus faciles et 
plus exactes de nos modernes ont naturellement 
amoindri la valeur. 

Son frère, Yabbé Fourmont, professeur de syriaque 
au Collège de France, fut chargé d'aller recueillir en 
Grèce un certain nombre de manuscrits anciens. On 
fut obligé de le rappeler cinq ans plus tard, sous 
1 incuipahon d'en avoir détruit un certain nombre 
par pure bêtise, autrement dit par excès de dévotion. 

I>e Guignes (Joseph) (1721-1800). 

Elève du précédent, Joseph de Guignes naquit à 
Pontoise. - Il a laissé une Histoire générale des 
Huns, Turcs, Mongols et Tartares, où la critique his- 
torique fait défaut, mais qui est remarquable par le 
nombre et l'érudition des recherches, la plupart très 
exactes : celles notamment où il établit que les carac- 
tères hébraïques et les lettres grecques dérivent de 
1 égyptien ; mais il se trompa en voulant attribuer la 
même origine à l'écriture chinoise. Il avait été induit 
en cette erreur par le travail, cité plus haut, de Four- 
mont l'aîné. 



«uênée (Antoine) (1717-1800). 

Originaire d'Etampes, Guénée fut membre de 



ÉCRIVAINS ET SAVANTS 



3 5 



l'Académie des Inscriptions et Belles-Leltrcs. Son 
nom est surtout resté connu par la publication d'un 
livre, assez souvent imprimé, et qui a pour titre : 
Lettres de quelques Juifs portugais, allemands et po- 
lonais à M. de Voltaire, avec un petit commentaire 
à l'usage d'un plus grand. Ces lettres sont écrites 
avec une habileté, dans le genre plaisant, presque 
égale à celle du maître. Voltaire y répondit par son 
écrit intitulé : Un Chrétien contre six Juifs. 

Potnsinet de Sivry (Louis) (1733-1804). 

Cet écrivain du xvin e siècle a composé des tragédies 
que le critique Palissot, son beau-frère, affirma être 
celles qui se rapprochaient le plus de celles de Ra- 
cine. Malgré celte appréciation bienveillante, elles ne 
firent pas la fortune de leur auteur, qui la chercha en 
s' essayant un peu dans tous les genres : poésie légère, 
traduction d'Anacréon, traités de politique, recher- 
ches numismatiques, traductions de Pline, d'Aristo- 
phane et d'Horace, et enfin abrégé d'histoire romaine 
en vers. — Beaucoup d'essais, comme on voit, chez 
cet enfant de Versailles. 

Richard (Louis-Claudej (1784-1824). 

Ce botaniste était le fils d'un jardinier du Roi. Il 
refusa d'embrasser la carrière ecclésiastique, afin de 
pouvoir se consacrer exclusivement aux découvertes 
des sciences naturelles. Ayant obtenu pension sur la 
cassette royale, il se rendit, de 1781 à 1789, aux 
Antilles et dans la plupart des possessions françaises 
de l'Océan Atlantique ; il en revint avec de nom- 
breuses et intéressantes collections. Abandonné pen- 
dant la Révolution, il fut signalé plus tard à l'atten- 



36 



SE1NE-ET-01SE 



tion du premier Consul, qui lui fit donner une chaire 
de botanique, et ne tarda pas à l'appeler à l'Institut. 
La plupart de ses travaux ont paru dans les Annales 
du Muséum. Richard a laissé la réputation d'un savant 
consciencieux, d'un observateur attentif, qui a fait 
beaucoup pour le progrès de la science à laquelle il 
s'était attaché. 

Ducis (Jean-François) (1733-1816). 

Le poète Ducis naquit à Versailles : il remplaça 
Voltaire à l'Académie française. C'est là son plus 
beau titre : son remarquable discours de réception en 
est un autre, mais ce ne sont pas les seuls. 

D'une famille originaire de la Savoie, il conserva 
toute sa vie la plus grande simplicité dans son genre 
d'existence. Après avoir fait ses études au collège de 
Versailles, il entra, sous le maréchal de Belle-Isle, 
comme employé dans les bureaux de la guerre. Puis, 
à l'instar de tous les lettrés ou poètes du xvm" siècle, 
il débuta par une tragédie qui n'obtint aucun succès. 
Ce fut alors qu'il se résolut à transporter sur la scène 
française ces imitations infidèles de Shakespeare, qui 
ont établi sa renommée parmi ses contemporains. Il 
fit jouer successivement Hamlet, Roméo et Juliette, 
le roi Lear, Macbeth et Othello. Cette dernière pièce, 
interprétée par Talma, obtint le succès le plus vif. 
Entre temps, il donna des imitations du théâtre grec 
et notamment des pièces de Sophocle. 

Ducis ne prit et ne voulut prendre aucune part aux 
grands événements de son temps; aussi put-il tra- 
verser celui de la Révolution sans être inquiété. 
Napoléon, qui aimait son talent et qui estimait 
l'homme, eut l'idée de l'appeler au Sénat de l'Empire, 



ECRIVAINS ET SAVANTS 



37 



et, sur un premier refus, le désigna pour la Légion 
d'honneur. Ducis refusa de nouveau, invoquant la 
nature de son caractère et de ses idées. « Je suis, 
disait-il,, catholique et républicain, poète et solitaire; 
ce sont là des éléments qui ne se peuvent concilier 
avec la recherche des faveurs et des places. » — Il 
ajoutait encore : « Il y a dans mon âme, douce par sa 
nature, quelque chose d'indompté qui voudrait briser, 
rien qu'à leur vue, les chaînes misérables de nos ins- 
titutions humaines. » Il conserva jusqu'à la fin son 
naturel simple, composant de petites pièces de vers 
qu'il adressait successivement à sa maison, aux dé- 
tails du paysage qui l'entourait. 

Il est vrai que cette croix de la Légion d'honneur, 
que Ducis refusa de Napoléen I er , il l'accepta plus 
tard de Louis XVIII; mais celui-ci, en regard de 
celui-là, faisait à Ducis l'effet d'un libérateur. 

On voit, dans sa correspondance, qu'il avait pres- 
senti, dès la rupture du traité d'Amiens, ce que l'am- 
bition démesurée de Bonaparte allait coûter de 
liberté aux conquêtes de la Révolution et de sang à 
l'humanité. Il en conçut de l'aversion pour tout ce 
qui exalte la gloire des armes, à commencer par 
l'Iliade, l'ouvrage qu'il avait le plus aimé dans sa 
jeunesse. Quand il connut les résultats de la guerre, 
non par les récits des poètes, mais par ceux des mili- 
taires les plus braves et les plus sincères, il conclut 
que les conquérants doivent être rangés parmi 
les fléaux de l'humanité. 

Sous le rapport du mérite littéraire, on doit à Ducis 
d'avoir popularisé en France le plus grand poète dra- 
matique anglais, non pas en le dénaturant systéma- 
tiquement, mais en se conformant au goût de son 

3 



3 8 



SE1NE-ET-0ISE 



temps. Ce goût se trouvait formulé par les vives cri- 
tiques de Voltaire. Malgré le caractère incomplet de 
ses traductions, Ducis appréciait beaucoup mieux 
que Voltaire les grands côtés de Shakespeare, car il 
avait placé dans son cabinet de travail, entre les por- 
traits de son père et de sa mère, le buste du grand 
William, etne manquait pas, chaque année, à la Saint- 
Guillaume, de l'entourer d'un cadre de verdure. 

miiot de Melito (André-François, comte) 1761- 
1841). 

Miot de Melito naquit à Versailles. Entré fort 
jeune au service de l'administration militaire, il s'y 
trouvait commis principal de direction au début de 
laRévolution. En 1793, il fut nommé secrétaire gé- 
néral au département des affaires étrangères dont il 
reçut le portefeuille à la chute de Robespierre. En 
179S, envoyé comme ministre plénipotentiaire de la 
République en Italie, il y traita supérieurement plu- 
sieurs affaires, mais se rendit suspect au Directoire 
par ses ménagements pour les comtesses de Provence 
et d'Artois. C'était au moment des menées royalistes 
à Paris. Se jugeant ou se croyant compromis, Miot se 
réfugia en Hollande, d'où Ronaparte, après le 18 bru- 
maire, le fit revenir pour le nommer commissaire 
ordonnateur des guerres, membre du Conseil d'Etat 
lors de la création de ce corps, et lui confier la déli- 
cate'mission de reviser la liste des émigrés. Miot prit 
ensuite une part active à la discussion des Codes. 
Sous l'Empire, Joseph Ronaparte, devenu roi de 
Naples, l'ayant attaché à sa personne, il le suivit, 
l'accompagna ensuite en Espagne et n'en revint 
qu'avec son protecteur. 



ÉCRJVAINS ET SAVANTS 39 

A la Restauration, qui lui enleva tous ses emplois, 
Miot ne s'occupa plus exclusivement que de belles-let- 
tres. Aussi entra-t-il à l'Académie des Inscriptions. 
On a de lui des traductions très estimées d'Hérodote 
et de Diodore de Sicile. — Ce sont ses Mémoires par- 
ticuliers, publiés sous le second Empire, écrits d'un 
bon style et avec une impartialité louable., qui ont 
inauguré la série de ces publications de Mémoires 
sur le Consulat, l'Empire et la Restauration, qui n'ont 
cessé de paraître depuis. Ces Mémoires, en général, 
restent bien inférieurs à ceux du comte Miot de 
Melito. 

lie .louy (Victor-Joseph-^/enne) (1764-1846). 

De Jouy préluda, dans sa jeunesse aventureuse, aux 
exercices de la plume par celui de l'épée. Dès l'âge 
de 17 ans, il servait dans les troupes de la Guyane 
française. On le retrouve plus tard sous-lieutenant 
d'artillerie aux Indes orientales. 

Rentré en France en 1790, il fut nommé capitaine 
à l'armée du Nord, y fit un chemin très rapide et 
se trouva comme adjudant général de Hoche à la prise 
de Furnes; mais, soupçonné et accusé de royalisme, 
il quitta l'armée pour se réfugier en Suisse. 11 revint 
en France après la Terreur et renonça à la carrière 
militaire, où une destinée brillante l'attendait peut- 
être, afin de se consacrer exclusivement aux lettres. 

Dès lors, il se montra d'une fécondité rare. Dans la 
disette d'écrivains due au système impérial, de Jouy 
put établir facilement sa réputation. La première Res- 
tauration trouva en lui un enthousiaste, et, en 181 o, 
l'Académie française, se sentant plus libre, lui ouvrit 
ses portes. Toutefois, les exagérations de la Chambre 



40 



SEINE-ET-OISE 



introuvable ne tardèrent pas à le jeter dans l'oppo- 
sition libérale. Il combattit le Ministère avec assez de 
vivacité pour être l'objet de poursuites judiciaires ; 
il s'attira môme une condamnation à trois mois d'em- 
prisonnement : aussi adhéra-t-il à la fameuse protes- 
tation qui amena la Révolution de Juillet. Nommé 
immédiatement, maire de Paris, il remplit ces fonc- 
tions jusqu'à l'avènement de Louis-Philippe. Le nou- 
veau roi lui donna, quelques jours après, la charge 
de bibliothécaire du Louvre. 

La réputation de M. de Jouy fut de son vivant 
très grande, moins en raison de son talent d'écrivain, 
remarquable cependant, qu'à cause de son esprit 
libéral et de la façon toute française dont il entendait 
et pratiquait l'opposition. Il s'essaya dans tous les 
genres, et favorisé par sa renommée de libéralisme, 
il obtint partout des succès. C'est ainsi que sa tragé- 
die de Si/lia, joué en J 824, eut quatre-vingts repré- 
sentations, chiffre extraordinaire pour l'époque. Le 
"caractère du principal personnage de cette œuvre est 
celui d'un Sylla prêtant à toutes les allusions contre 
Napoléon. Ces allusions, rendues par le grand tragé- 
dien Talma, furent pour beaucoup dans le succès de 
l'ouvrage. 

M. de Jouy travailla aussi pour le genre comique 
et pour l'opéra. Il a laissé des comédies et des vaude- 
villes, presque tous représentés. C'est à lui que l'on 
doit les livrets de Femànd Corlez, musique de 
Spontini; les Amazones, musique de Méhul; les 
Abenceragss, musique de Chérubini ; Moïse et Guil- 
laume Tell, musique de Rossini. Mais son bagage le 
plus méritant est représenté par la réunion de ses 
articles de journaux : l'Ermite de la Chaussée 



ÉCRIVAINS ET SAVANTS 



41 



(TAntin, qui fut lu non seulement en France, mais 
dans l'Europe entière. 

C'est à propos de cet ouvrage, et à cause de la 
facilité de l'auteur à travailler dans tous les genres, 
que les contemporains de M. de Jouy ont cru pouvoir 
le comparer à Voltaire. Par analogie, l'on se plut à 
citer chez lui la poésie, la force et l'invention tragique 
en môme temps que le tour d'esprit et la fine ironie. 
Comme poète et comme prosateur, il eut en effet de 
l'invention et de l'esprit, mais jamais ce style plein 
de force auquel a su s'élever Voltaire. Tandis que les 
observations philosophiques de celui-ci roulent sur 
le fond môme de la nature humaine, celles de Jouv, 
qui charmaient tant ses contemporains, ne portent 
que sur les traits fugitifs de la vie extérieure, que l'on 
oublie devant ceux qui leur succèdent. 

Néanmoins ou ne saurait contester que M. de Jouy 
doit occuper une place trèshonorable parmi ceux qui 
ont été, de son temps et avec lui, les champions des 
idées libérales. 

Geoffroy Saint-Hilaire (Etienne) (1772-1841). 

L'une des gloires du Muséum d'histoire naturelle, 
et pour bien dire, une des gloires de la France, Geof- 
froy Saint-Hilaire appartenait à une famille honora- 
ble d'Etampes, qui a donné, dans le cours du xviii siè- 
cle, trois membres à l'Académie des sciences. L'un 
d'eux, Etienne-François Saint-Hilaire, a eu son 
Eloge prononcé par Fontenelles, comme auteur de 
la Table des AHinités chimiques. Il y a des familles 
que l'on peut citer en exemple ; elles font honneu 
notre pays. 

Etienne Geoffroy fut d'abord destiné à la prôfô&e, 




42 



SEINE-ET-OISE 



mais le goût du jeune homme était ailleurs ; il sup- 
plia son père de le laisser s'inscrire parmi les élèves du 
Jardin des Plantes et du Collège de France. Il eut le 
bonheur d'entrer en rapports suivis avec le célèbre 
Haiïy, et d'inspirer, par son ardeur pour la science, 
un grand sentiment de bienveillance à Daubenton.Ce 
maître se l'attacha en qualité de garde et démonstra- 
teur de son cabinet. 

Losque la Convention, par un décret que prépara 
Lakanal, créa douze chaires au Muséum, Geoffroy 
Saint-Hilaire en reçut une, comme officier du Jardin 
des Plantes. C'était celle de zoologie, et le titulaire 
avait à peine 21 ans. Dans la partie qui lui était dévo- 
lue, tout se trouvait à faire; le jeune savant se mit à 
l'œuvre avec activité. En peu de temps, la ménagerie 
fut établie, et les collections, revues avec soin, se 
renouvelèrent ou se complétèrent. Grâce à lui, la 
science du temps reçut enfin son temple. 

Au commencement de 1798, Berthollet vint un 
matin au Muséum dire à Saint-Hilaire : « Nous al- 
lons en Egypte; Monge et moi serons vos compa- 
gnons, Bonaparte est notre général. » Confiant dans 
l'avenir que lui présageaient ces noms glorieux, 
Geoffroy quitta ses paisibles travaux et sa demeure 
si tranquille du Jardin des Plantes. 

Cette expédition d'Egypte fut un des brillants épi- 
sodes de la carrière de Geoffroy Saint-Hilaire. On sait 
qu'elle se termina surtout à la gloire de la science 
française, mais ce que l'on' sait moins, c'est que les 
richesses recueillies par la Commission scientifique 
seraient tombées aux mains des Anglais, sans la cou- 
rageuse attitude de notre savant. En effet, l'article 16 
de la capitulation signée par Menou les leur altri- 



ÉCRIVAINS ET SAVANTS 



4 3 



buait. La Commission, qui naturellement n'avait pas 
pris part à la convention militaire, ignorait ce qui la 
concernait. Quand elle l'apprit, elle en fut au déses- 
poir, et se rendit près du général anglais. Celui-ci la 
reçut poliment, mais déclara que l'article qui la con- 
cernait serait exécuté comme tous les autres. 

Ce fut alors, — dit un historien de l'expédition — 
que, par un élan courageux, une inspiration énergi- 
que, Geoffroy Saint-Hilaire sauva une partie que tout 
le monde considérait comme perdue : — « Non, 
« s'écria-L-il, nous n'y obéirons pas. Votre armée n'en- 
« tre que dans deux jours dans la place. Eh bien! 
« d'ici là, le sacrifice sera consommé. Nous brûlerons 
« nous-mêmes nos richesses ; mais comptez sur les 
« souvenirs de l'histoire : c'est vous qu'elle accusera, 
« c'est vous qui aurez brûlé une seconde bibliothèque 
« d'Alexandrie. » 

La patriotique indignation de Saint-Hilaire pro- 
duisit un effet magique. Le général anglais, vivement 
ému, se remémora la réprobation qui pèse encore, 
après douze siècles, sur la mémoire d'Omar. Il an- 
nula l'article 16 de la capitulation. Ce fut le dernier 
événement de l'Expédition d'Egypte, si brillante au 
début, si triste à la fin, mais qui, grâce à l'un de nos 
savants français, se termina au moins par un souvenir 
de gloire nationale. 

Quand le premier Consul créa la Légion d'bonneur, 
il dut se le rappeler, car le nom de Geoffroy figura sur 
sa première liste, et il le fit mander pour lui remettre 
lui-même cette croix, alors si enviée. 

L'Expédition d'Egypte, en changeant le cours 
des travaux habituels de Geoffroy Saint-Hilaire, ne 
changea rien à la direction de ses idées. Dès avant son 



.&< 



•14 



SEINE-ET-OISE 






f i 



départ, il avait entrevu, parmi les grandes questions 
de l'histoire naturelle, la fixation delà plus vaste et 
de la plus complexe qui puisse y être soulevée : celle 
de l' Unité de composition organique, laquelle a rem- 
placé la doctrine de l'Echelle des êtres, admise alors 
universellement. Pourtant, la théorie qui allait faire 
école, se rattachait à l'idée de l'uniformité d'organi- 
sation indiquée par Newton dans son immortel livre 
de Y Optique, mais cette idée était tombée dans l'oubli 
jusqu'au jour où Laplace vint à l'Institut dire à son 
contrère Geoffroy: « Vous pensez entièrement comme 
Newton. » 

Ce fut en 1806 que notre savant aborda, cette fois 
pour ne plus s'en écarter, la vérification scientifi que 
le développement, la démonstration de ce qui jusque- 
là n'avait été chez lui qu'un pressentiment, une con- 
viction personnelle et intime. Tel se présente, à partir 
de cette année 1806, l'invariable caractère de ses tra- 
vaux, dirigés tous vers le même but avec une persé- 
vérance sans exemple peut-être dans / l'histoire des 
sciences depuis l'immortel Kepler. Mais au moment 
où il poursuivait avec le plus d'ardeur ses recherches, 
il se vit appelé à reprendre la vie de voyageur à 
laquelle il croyait avoir dit pour jamais adieu. 

Napoléon venait de proclamer la déchéance de la 
maison de Bragauce, et Junot avait envahi et occupé 
le Portugal. L'honneur voulut qu'un naturaliste 
s'y rendit pour explorer des richesses scientifiques, 
vantées partout depuis longtemps. Les souvenirs de 
l'expédition d'Egypte désignaient Geoffroy Saint-Hi- 
laire pour cette mission, que l'on étendit aux lettres et 
aux arts, en y attribuant des pouvoirs presque illimités. 
Geoffroy n'était pas homme à en abuser. Quand il 



ÉCRIVAINS ET SAVANTS 



4 3 



aurait pu facilement enrichir nos musées aux dépens 
du Portugal, il se posa pour règle de conduite cette 
maxime : Les sciences ne sont jamais en guerre. 

11 voulut que sa mission, utile à la France, le fût 
également au Portugal. Il lit préparer plusieurs caisses 
d'objets d'histoire naturelle, et notamment de miné- 
raux, destinés à remplacer dans les collections de Lis- 
bonne les productions du Brésil, si rares alors et si 
précieuses, dont celles-ci étaient remplies. De plus, 
il détermina les espèces et introduisit dans toutes les 
collections qu'il y laissa un ordre méthodique inconnu 
jusque-là. Il trouva le moyen, par ces procédés, 
d'enrichir la France par le Portugal et le Portugal 
par la France. Aussi lorsque plus tard, en 1815, la 
France envahie pour la seconde l'ois eut la douleur de 
voir ses Musées dépouillés par les envahisseurs, le 
Portugal se tut et seul ne réclama rien. 

Geoffroy Saint-Hilaire était à peine revenu et 
remonté dans sa chaire du Muséum, que le décret, 
établissant la Faculté des sciences de Paris, l'appelait 
à devenir le premier titulaire de la chaire de zoologie : 
il l'occupa paisiblement jusqu'en 1815. 

Elu, aux Cents- Jours, représentant par ses conci- 
toyens d'Etampes, il dut quitter la science pour la 
politique. A la seconde occupation de Paris.il fut 
l'un des énergiques députés qui, trouvant les portes 
de la Chambre fermées par" un détachement prussien 
et voyant ainsi l'Assemblée dissoute par la force, se 
réunirent chez leur vice-président, afin de protester 
contre la violence exercée sur la représentation na- 
tionale. La crise passée, le citoyen courageux fit 
de nouveau place au savant : il se confina dans son 
cabinet de travail; c'est là qu'il pouvait le mieux 

3. 



46 



SEIN'E-ET-OISE 



servir son pays. — Toutefois, quand éclata la Révo- 
lution de 1830, il ne put qu'y applaudir : il vit en elle, 
et ce fut sa propre expression, « le rétablissement de 
l'action interrompue de nos libertés nationales ». 
Mais plus il était sympathique à la Révolution de Juil- 
let, plus il la voulait pure de tout excès, surtout 
d'un excès sanglant. Et ce fut lui qui cacha dans son 
domicile, du 31 juillet au 14 août, après la mise à sac 
du palais de Notre-Dame, l'archevêque de Paris, M. de 
Quelen, à qui on attribuait, avec raison d'ailleurs, 
d'avoir participé, en les conseillant, aux résolutions 
funestes qu'avait voulu prendre Charles X. 

De 1815 à 1840, vingt-cinq années de la vie labo- 
rieuse du savant, de cette vie qu'il doublait par le tra- 
vail de ses nuits, sont presque remplies par des 
études spéciales de zoologie, et trois ouvrages étendus, 
avec plus de soixante monographies ou notices, suc- 
cessivement publiés, sont les résultats de cette inces- 
sante activité. Dans les trois ouvrages précités, se 
trouve celui qui eut tant de retentissement dans la 
science : Principes de la philosophie zoologique. 

La publication de cet ouvrage amena, entre Geof- 
froy Saint-Hilaire et le grand Cuvier, une polémique 
à laquelle s'associa l'Europe savante tout entière. Il 
y avait des années que les deux illustres profes- 
seurs ne se trouvaient plus en communauté d'idées; 
l'apparition du livre de Geoffroy donna entre eux 
le signal de la lutte. Ce fut Cuvier qui la commença, 
dans des leçons que reproduisit la presse. Geoffroy 
soutint brillamment l'attaque, et il l'emporta enfin 
dans la superbe exposition de ses théories sur l'Unité 
de composition organique, sur la Variabilité des 
espèces, sur la Succession des êtres organisés, et 



ECRIVAINS ET SAVANTS 



47 



enfin sur les Causes finales. D'un génie pleinement 
comparable à celui de son puissant adversaire, il joi- 
gnait, de même que lui, à la profondeur synthétique 
du philosophe, une science incontestable d'anato- 
miste, ce qui lui permettait de ne rien avancer par 
hypothèse, mais d'affirmer en invoquant ou fournis- 
sant la preuve . 

Après la mort presque soudaine de Cuvier, son 
ami Geoffroy Saint-Hilaire (il était resté son ami) 
reprit et continua ses travaux pendant huit ans 
encore, mais un jour fatal survint où il fut forcé de 
les interrompre. En 1840, un matin, l'illustre maître 
s'aperçut qu'il ne pouvait plus lire. Il était frappé 
par le plus grand malheur qui puisse s'abattre sur un 
naturaliste : il se trouvait aveugle. La cécité n'était 
point un mal inattendu pour lui. Atteint, pendant 
son séjour en Egypte, d'une ophtalmie violente, il 
était resté vingt-neuf jours privé de la lumière. Aussi 
disait-il souvent : « Je redeviendrai aveugle dans ma 
vieillesse. » 

L'année suivante, en 1841, il quitta donc cette 
chaire du Muséum où il avait eu l'honneur d'inaugu- 
rer en France, quarante-sept ans auparavant, l'en- 
seignement de la zoologie. Mais en renonçant à con- 
tribuer aux progrès de la science, il ne voulut pas 
renoncer à les suivre. Il se plaisait à assister, non 
seulement aux séances de l'Académie des sciences, 
mais souvent aussi aux leçons de ses collègues du 
Muséum. Qui n'eût été touché de le voir écouter, 
avec indulgence et attention, ceux qui autrefois 
l'écoutaient avec respect ! 

C'est ainsi qu'il se préparait à quitter cette terre 
où il avait passé, découvrant la vérité et pratiquant 



48 



SEINE-ET-OISE 



le bien. Sa sénérité ne fut jamais troublée. Lui, d'un 
caractère naturellement si ardent et si vif, il sup- 
porta avec une inaltérable résignation toutes les in- 
firmités que la vieillesse apportait avec elle, et c'est 
lui qui consolait les autres de ses souffrances. « Je 
suis aveugle, disait-il, mais je suis heureux!» Sur 
son lit de douleur, a écrit M. Dumas, toutes ses pa- 
roles respiraient la bienveillance et la satisfaction 
intérieure. Ses mains recherchaient toujours ses pro- 
ches ou ses amis, pour les remercier et les bénir. — 
Son âme s'affaissait sans trouble, calme et souriante, 
et sa fin ressemblait au soir d'un beau jour. 

Le 19 juin 1844, après avoir raconté aux siens que, 
pendant toute la nuit, il s'était promené dans les 
prairies et les bois des environs d'Etampes, théâtre 
de ses jeux d'enfance, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire 
s'éteignit doucement, le sourire aux lèvres. Il avait 
un peu plus de 72 ans. 

Sur la place du théâtre d'Etampes, sa ville natale, 
une statue de marbre, de magistrale exécution, a 
été érigée en 1857 avec le produit d'une souscription 
nationale. Jamais souscription de ce genre ne ré- 
compensa plus noble existence. 

Rigault (A. Hippolyte) (1821-1868). 

Né à Saint- Germain. A sa sortie de l'Ecole nor- 
male supérieure, il fut chargé de l'éducation de l'un 
des Tprinces d'Orléans, et suivit, un moment, cette 
famille en Angleterre après le 14 février. Revenu 
en 1849, il débuta dans les lettres par une brillante 
étude sur la poésie lyrique latine, et devint, en 1853, 
à une époque particulièrement difficile pour les jour- 
nalistes, rédacteur du Journal des Débats. Dans une 



I 



ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS 



49 



série d'articles intitulés : les Jouets d'enfant, l'Exposi- 
tion des sauvage*, il réussit à montrer comment il est 
possible de résister à l'arbitraire, quand il comprime 
l'intelligence, de présenter les pensées sérieuses sous 
des formes enjouées, et de quelle façon la critique, 
même la plus'mordante, peut être dissimulée sous la 
variété des tons. Ayant achevé et soutenu sa thèse 
pour le doctorat, il fut nommé par le gouvernement 
impérial suppléant de la chaire de littérature au Col- 
lège de France et, quelque temps après, invité à 
choisir entre sa suppléance et sa rédaction aux Débats. 
Rigault n'hésita pas. 11 renonça à la brillante carrière 
que l'on avait habilement ouverte devant lui, revint 
à son cher journal, et, donnant à ces commentaires' 
futiles appelés chroniques de quinzaine un esprit nou- 
veau, il y commença ces attrayantes revues où il sut 
si bien conserver le tact et la mesure, tout en s'atta- 
chant de plus en plus à la défense des traditions libé- 
rales. Il mourut avant que l'Académie française eût 
pu lui accorder un de ses fauteuils, ainsi qu'elle 
avait fait pour son brillant confrère Prévost-Paradol. 



. 









•m 
I 



D. — ARTISTES, INVENTEURS, 
INDUSTRIELS 

Robert de Luzarches. 

Architecte du xm e siècle, Robert de Luzarches 
traça et dessina le plan de l'une des plus belles cathé- 
drales de France : celle d'Amiens, dont il posa les 



i 



50 



SE1NE-ET-OISE 



fondements en 1220. Il n'en vit pas achever la cons- 
truction, mais il eut pour lui succéder Thomas de 
Cormont et son fils qui, n'ajoutant au plan primitif 
que les chapelles latérales de la nef, édifièrent cette 
œuvre merveilleuse que caractérisent à la fois l'unité 
de style, la régularité d'ensemble et l'harmonie des 
détails. 

L'étude qu'ils ont pu faire, et qu'ils ont assurément 
faite de Notre-Dame d'Amiens a exercé la plus grande 
influence sur les architectes du moyen âge, et c'est 
avec raison qu'un de nos antiquaires a pu donner 
aux cathédrales de Beauvais et de Mantes, de Bayonne' 
et de Narbonne, et même à celle de Cologne, le nom 
de filles de la cathédrale d'Amiens. 

La gloire de l'enfant de Luzarches, Robert, archi- 
tecte de ce merveilleux édifice, n'est donc pas encore 
près de tomber en oubli. 

Le Mercier (Jacques) (1595-1654). 

Voici un génie de même genre. Enfant de Pontoise, 
Le Mercier s'exerça d'abord dans la gravure, mais ne 
tarda pas à s'adonner à l'architecture, où il acquit 
une grande et légitime réputation. 

Richelieu lui ayant confié le soin d'achever le 
Louvre, notre architecte lui soumit un plan complet 
qui fut agréé, mais exécuté en partie seulement par 
la construction du pavillon de l'Ouest. Le Cardinal, 
ayant entrepris d'édifier la Sorbonne et de construire 
le Palais-Royal, chargea Le Mercier de ces travaux. 

Après la mort du Cardinal, Le Mercier remplaça 
Mansart dans la direction de ceux du Val de Grâce, 
et fut appelé à construire l'Oratoire du Louvre. Il 
fournit aussi les plans de l'église Saint-Roch. 



ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS 



51 



Outre ces grands et remarquables édifices, Lemer- 
cier a construit l'église de l'Annonciade à Tours, 
réédifié le château de Richelieu, et fait établir enfin 
l'escalier en fer qui se trouve au château de Fontai- 
nebleau, au fond de la cour du Cheval blanc. 

Comme on le voit, cet architecte a été l'un des 
premiers de son siècle; il faut noter qu'il avait 
séjourné longuement à Rome, au temps de sa jeu- 
nesse, afin d'y étudier son art. 

Oberkampf (Christophe-Philippe) (1738-1815). 
Bien que d'origine allemande, le célèbre manu- 
facturier, qui fit la fortune de la partie du dépar- 
tement de Seine-et-Oise où il s'alla fixer, et qui créa 
lune des branches de l'industrie française, mérite 
pleinement d'être admis au nombre des illustrations 
de Seine-et-Oise. 

11 vint à Paris très jeune. Fils d'un teinturier qui 
s'était fixé en Suisse, à Arau, il apporta chez nous 
des connaissances acquises dans la maison paternelle, 
et inconnues dans notre pays, sur l'art de fabriquer 
les toiles peintes. 

Cet art n'élait pas nouveau ; dans les temps anti- 
ques, les Egyptiens le connaissaient et l'appli- 
quaient. L'introduction en France du procédé de 
fabrication fut un bienfait d'Oberkampf, qui non 
seulement le naturalisa, mais sut lui donner un 
degré de perfection supérieur à ce qu'on avait connu 
jusqu'à lui. 

Ayant économisé un très modeste capital de quatre 
à cinq cents francs, il alla s'établir dans une petite 
maison de la vallée déserte de Jouy-en-Josas, où, Jout 
seul, il exécuta le dessin, la gravure, l'impression 















5 * SEINE-ET-OISE 

et la teinture de ses toiles. Ses travaux attirèrent 
la curiosité de la Cour de Versailles, qui mit à la 
mode les produits du jeune fabricant. De la Cour, 
cette mode s'étendit bientôt à la ville, à la province,' 
et même à l'étranger. Dès lors, les commandes af- 
fluant, Oberkampf dut recruter des ouvriers. En trois 
années, le territoire désert de Jouy en reçut plus de 
quinze cents, qui s'y fixèrent définitivement. 

Louis XVJ, comme autrefois Louis XIV aux ver- 
riers de Rothau, envoya à l'artisan étranger des lettres 
de noblesse conçues en termes flatteurs, et qui luicon- 
féraient, selon l'usage, le plein droit de cité ou la na- 
turalisation. Le régime de la Terreur vint arrêter son 
œuvre, qu'il ne put reprendre que sous le Consulat ; 
mais alors il la poursuivit avec une telle ardeur, que 
ses recherches pour la fabrication s'étendirent non 
seulement à l'Allemagne et à l'Angleterre, mais jus- 
qu'à l'Inde, où il envoya des agents secrets pour y 
pénétrer le secret des vives couleurs. Aussi Napo- 
léon, qui ne se trompait pas sur la valeur des hom- 
mes, voulut-il le faire entrer dans le Sénat du nou- 
vel Empire. Le manufacturier de Jouy-en-Josas ayant 
décliné cet honneur, l'Empereur se rendit auprès 
de lui, et, détachant de sa poitrine sa propre croix, 
il décora Oberkampf en lui disant : « Tous les deux, 
Monsieur, nous faisons bonne guerre aux Anglais, 
mais c'est encore vous qui faites la meilleure. » 

Le nouveau légionnaire, pénétré de reconnais- 
sance, fonda la manufacture d'Essonnes, sur le 
modèle de laquelle on a, depuis, établi en France 
tous les établissements similaires. 

Malheureusement, il eut à subir le contre-coup des 
revers de la période impériale; les invasions de 1814 



ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS 



53 



et 1815 portèrent l'épéé d'un vainqueur furieux jus- 
que dans la vallée de Jouy. L'inaction et le chômage 
forcé s'établirent dans les vastes ateliers, et la popu- 
lation, qui en avait tiré son bien-être pendant près 
d'un demi-siècle, tomba dans le dénûment et la 
misère. Celui qui, pendant ce demi-siècle, avait été 
son bienfaiteur et son maître, ne put résister à ce 
spectacle : « Tout cela me tue, disait-il, j'aimerais 
mieux, d'ailleurs, n'y pas survivre. » Et en effet, le 
4 octobre 1813, il expira, laissant dans l'âme de tous 
ceux qui l'avaient connu un souvenir qui allait jus- 
qu'à la vénération. 

Le Conseil municipal de Paris a voulu honorer 
la mémoire d'Oberkampf en donnant son nom 
l'une des grandes rues habitées par la population 
ouvrière. 

Houdon (Jean-Antoine) (1741-1828). 

Houdon naquit à Versailles : il passe à juste titre 
pour le plus grand sculpteur du siècle dernier. Très 
avantageusement doué sous le rapport des facultés 
artistiques, il étudia la sculpture à l'école des 
Beaux-Arts, d'où il fut envoyé en Italie après avoir 
obtenu le grand prix. 

Il y prolongea son séjour pendant dix ans, dési- 
reux qu'il était de s'initier complètement aux secrets 
de la sculpture antique et de la moderne. C'est à 
Rome qu'il produisit ses statues de Saint Jean de 
Latran et de Saint Bruno. 

Revenu en France, avec la réputation que lui avaient 
acquise ces deux œuvres de premier ordre, il fut 
chargé d'exécuter les bustes de presque tous les 
hommes célèbres de son temps, ceux notamment de 



54 



SRINE-ET-OISE 



Voltaire, de Rousseau, Buffon, Diderot, d'Alembert, 
Franklin et Molière. L'impératrice Catherine voulut 
également être représentée par son ciseau. Vers la 
fin du siècle, les Américains ayant résolu de consa- 
crer, par un monument célèbre, la mémoire du libé- 




rateur de leur patrie, Washington, firent demander 
au sculpteur français de venir à Philadelphie pour 
exécuter ce monument. 

Houdon, à son retour en France, fut nommé pro- 
fesseur à l'Académie des Beaux-Arts. C'est alors 
qu'il exécuta, pour l'instruction de ses élèves, cette 
savante et patiente étude de VEcorché, qui montre à 
nu la structure musculaire du corps humain. 



ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS 



55 



La partie du palais du Louvre édifiée par l'archi- 
tecte Le Mercier, est consacrée de nos jours à la 
sculpture française. Là se trouve la salle Houdon, et 
l'on y voit tout ce que l'Etat possède du grand 
artiste : d'abord sa Diane chasseresse, considérée 
comme un des chefs-d'œuvre de la statuaire fran- 
çaise, et, d'après un usage du temps, son morceau 
de réception à l'Académie des Beaux-Arts, Morphée, 
auquel, malheureusement, il manque une moitié de 
jambe. 

Les bustes qui sont là représentent : Voltaire à 
son retour à Paris (84 ans); J.-J. Rousseau, Diderot, 
tabbê Aubert, Gluck, Buffon, Mirabeau, Washington 
et Franklin. Ce dernier est véritablement admirable. 
— Outre le buste de Voltaire, Houdon a exécuté une 
statue du grand écrivain, dont l'original en plâtre 
est à la Bibliothèque nationale, et le marbre au foyer 
de la Comédie-française. 

Kreutzer (Rodolphe) (1766-1831). 

Né à Versailles et fils du maître de chapelle du 
Roi, Kreutzer étudia la musique sous la direction 
première de son père et cultiva le violon, sur lequel 
il acquit une supériorité qui le fit d'abord remarquer. 
Obéissant également à un goût prononcé pour la 
composition, il écrivit des partitions et mit en musi- 
que des romances dont la plus célèbre : Lodoïska, 
fut longtemps populaire. — Après la Révolution, il 
fut nommé maître de la chapelle impériale, fonction 
qu'il dut échanger, à la Restauration, contre celle de 
premier violon du Roi. Nommé, en 1817, chef d'or- 
chestre à l'Opéra, il composa pour cette scène plu- 
sieurs ouvrages, dont Aristippe et Pharamond. Il 



56 



SEINE-ET-OISE 



prit sa retraite en 1825, et composa dans la suite un 
autre opéra : Mathilde^ni, croyons-nous, n'a jamais 
été représenté. 

Son frère, Auguste Kreutzer, fut également un 
violoniste distingué. 

Duchesne (J.-B. Joseph) (1770-1856). 

Peintre sur miniature et sur émail, Duchesne com- 
mença sa réputation sous le premier Empire, et fut 
nommé, soUs la Restauration, peintre de la famille 
royale. Il fut chargé de continuer la célèbre galerie 
d'émaux commencée au Louvre par Petitot. 

Ses miniatures sont remarquables par leur senti- 
ment du naturel, qui les rend en quelque sorte vi- 
vantes. Sa peinture sur émail se distingue par sa 
finesse et son éclat. 

Dagnerre (Louis-Jacques Mandé) (1787-1851). 

Daguerrese livra d'abord à la peinture de paysage, 
puis à la décoration théâtrale, dans laquelle il acquit 
une grande habileté. Il excella surtout dans certains 
effets que l'on a désignés sous le nom detrompe-l'œil, 
et fit ainsi réaliser de grands progrès à l'art décoratif. 
Doué d'une heureuse faculté imitative, il se réunit à 
Bouton, peintre non moins habile que lui, pour 
créer ensemble le diorama. Les deux artistes luttè- 
rent de talent et d'intelligence pour produire des 
tableaux dont les effets donnaient une complète illu- 
sion et dépassaient tout ce qui avait été tenté jus- 
qu'alors. On sait que le diorama constitue un tableau 
circulaire dont les toiles transparentes procurent 
au spectateur le charme d'une illusion complète. 
Malheureusement, l'œuvre des deux artistes fut, 



ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS 



57 



quelques années plus tard, détruite par un incendie. 
Daguerre s'était servi de toutes les ressources de 
la physique et de la chimie pour le genre de peinture 
dont il avait tiré le diorama. Ce même emploi de la 
chimie devait le conduire à fixer les images, à l'aide 




■ ' 



de certaines substances, sur les surfaces métalliques 
polies avec soin. Cette idée était celle qu'avait conçue, 
depuis 1814, un savant : NicéphoreNiepce. Daguerre 
se mit en rapport avec lui. Après avoir reçu les 
communications de Niepce, il s'efforça de perfec- 
tionner son procédé, mais, n'y réussissant pas, il sui- 
vit ses propres inspirations et iinit par découvrir le 
procédé du daguerréotype, qui devait immortaliser 
son nom. Les épreuves obtenues par ce procédé pré- 



58 



SEINE-ET-01SE 



sentent une finesse admirable, que n'ont pas encore 
atteinte les procédés de la photographie actuelle; 
mais le miroité de la plaque est un inconvénient tel 
que l'on a dû y renoncer pour découvrir, par ana- 
logie, des procédés d'un perfectionnement plus fa- 
cile et qui sont maintenant en usage. C'est, du reste, 
à tort que l'on a voulu contester à Daguerre le 
mérite de sa découverte. En effet, les recherches 
deScheele, de Weldgwood et de Davy ne présentent 
que de longs tâtonnements, qui n'ont pas été cou- 
ronnés par un acte de découverte. 

Le gouvernement accorda, tant à Daguerre qu'aux 
héritiers de Niepce, qui mourut pendant les essais, 
une pension à titre de récompense nationale, ou 
plutôt de dédommagement pour l'abandon à l'indus- 
trie de leur procédé, qui est devenu la photographie 
de nos jours. 

Daguerre se retira au village de Bry-sur-Marne, 
près de Paris, où il mourut le 17 juillet 1851. 

Il a publié deux traités : en 1839, Historique et Des- 
cription du daguerréotype et du diorama, et, en 1844 : 
Nouveau moyen de préparer les plaques photogra- 
phiques. f 

Les photographes de New- York ont érigé un ma- 
gnifique monument à sa mémoire; la Société libre 
des arts libéraux, qui le comptait parmi ses membres, 
lui fit élever un tombeau avec le concours de la com- 
mune de Bry. 

Cormeille, son lieu de naissance, lui a érigé aussi 
un petit monument sur la place de l'Eglise. 

Mornuy {Philippe du PLESSis) (1549-1623). 
Mornay naquit à Buhy, dans le Vexin français 



ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS 



59 



{arrondissement de Pontoise). Il fit à Paris de bril- 
lantes études sur les langues savantes et sur la théo- 
logie catholique ; mais, secrètement élevé par sa 
mère dans le calvinisme, il le professa ouvertement 
après la mort de son père. 

Ce fut lui qui rédigea, en faveur des huguenots, 
le mémoire que Coligny présenta à Charles IX. 
Ayant échappé à la Saint-Barthélémy, il se réfugia en 
Angleterre. Il fut cependant nommé un peu plus tard 
gentilhomme de la chambre du duc d'Anjou, et, en 
1375, il s'attacha au roi de Navarre, qui le nomma 
surintendant de ses finances. Il tint tête à la Ligue et, 
en 1589, s'empara de la personne du cardinal de 



ix en 



Bourbon proclamé roi par elle. Il négocia la pa 
1592 avec le duc de Mayenne, et se prononça avec 
ardeur contre l'abjuration de Henri IV. Il continua 
néanmoins de servir ce prince avec fidélité, et fut 
employé à plusieurs négociations importantes, par- 
ticulièrement à celle qui prépara la dissolution du 
mariage de Henri IV et de Marguerite de Valois. 

Opposé à Sully qui, sous un même dehors austère, 
avait bien plus de souplesse dans l'esprit, Mornay 
finit par perdre la faveur de Henri IV. Il quitta la 
cour et se retira dans son gouvernement de Saumur. 

En 1598, il publia un Traité de F institution de 
l 'Eucharistie , qui fut vivement attaqué par les docteurs 
catholiques et amena une conférence devant des arbi- 
tres désignés. La conférence eut lieu à Fontainebleau 
en 1600, en présence du Roi et d'une nombreuse as- 
sistance. Les actes de cette conférence furent publiés 
par ordre royal et on en trouve le récit dans les 
mémoires de Sully. 

Mornay a publié en 1611 un livre intitulé Mystère 






60 



SEINE-ET-OISS 



d'iniquité ou Histoire de la papauté, dans lequel il 
prétend que le Pape est l'antechrist. On a encore de 
lui un Traité de la vérité de la religion chrétienne; 
un Discours sur le droit prétendu par ceux de la mai- 
son de Guise ; des Mémoires et des Lettres. Il mourut 
en i623. Considéré pendant plus de cinquante ans 
comme l'oracle du protestantisme, il fut appelé le 
Pape des Huguenots. 



E. — HOMMES D'ETAT 



Sully (Maximilien de Béthune, duc de) (1360-1641). 

Presque compatriote du précédent, Sully originaire 
de Rosny, près Mantes, porta longtemps le titre de 
baron de ce nom. Calviniste renforcé, il fut dès la 
première heure le compagnon de Henri de Navarre. 
Il combattit à ses côtés dans les guerres dites de 
religion, et s'y distingua. Ayant épousé une riche 
héritière et réussi d'heureuses spéculations, il pos- 
séda d'assez bonne heure une fortune considérable. 
Henri de Navarre, devenu Henri IV, pensa qu'il 
ne pouvait mieux faire que de confier la direction 
des finances du Royaume à un homme qui avait su 
gouverner si bien ses propres affaires , et la suite 
lui donna raison. Le baron de Rosny fut nommé 
surintendant des finances en 1596. 

Dans cette entreprise du relèvement des finances 
du Royaume, où, par suite de l'esprit de dilapidation, 
d'ignorance et de mauvais vouloir, qui a caractérisé 



HOMMES D ETAT 



61 



le règne des princes de la seconde branche des Valois, 
les obstacles étaient en quelque sorte sans nombre, 
Sully mit une volonté inflexible et une activité à toute 
épreuve au service de la pensée du Roi. 

Premier ministre en fait, sous le nom de surinten- 
dant, il réforma et régularisa toute l'administra- 
tion, dont il prit soin d'étudier lui-même la nature 
et le fonctionnement. Le dernier règne avait créé 
un déficit énorme pour le temps ; ce déficit s'était 
forcément accru par cinq années d'anarchie presque 
complètent il menaçait de s'agrandir encore par 
les fortes sommes d'argent qu'exigeaient les chefs 
de la Ligue pour reconnaître le nouveau Roi en lui 
remettant les places ou les villes qu'ils se trou- 
vaient posséder. 

Sully pensa que la première chose était de réorga- 
niser la perception de l'impôt, qui partout se faisait 
arbitrairement pour les imposés, et avec une perte 
de près des deux tiers pour le Trésor. Il en exigea 
l'arriéré, tout en s'efïbrçant d'apporter à le recouvrer 
une grande modération. Puis il appliqua ce recou- 
vrement à combler une partie du déficit, ainsi qu'à 
négocier plus avantageusement, ayant désormais 
largent en caisse, le solde à payer aux anciens amis 
du duc de Mayenne ; il leur en emprunta ensuite 
ce qu'il put, moyennant intérêt, et jeta ainsi les bases 
du régime du crédit. 

Ce faisant, il n'oubliait pas la réorganisation de 
l'armée, qui lui semblait indispensable au maintien 
de l'influence, en Europe, de la politique française. 
Il consacra des sommes considérables à remettre en 
état de défense les places fortes des frontières ; ayant 
la charge de grand maître de l'artillerie, et convaincu 



62 



SEINE-ET-OISE 






de la supériorité de cette arme, il créa un arsenal 
comme on n'en avait pas vu jusqu'à lui, et le remplit 
d'un matériel qui eût certainement procuré la victoire 
à l'armée dont Henri IV allait prendre le comman- 
dement, au moment même de sa fin inattendue. 

Mais le plus grand mérite de Sully est d'avoir 
protégé l'Agriculture. Il lui donna en l'encourageant 
avec un zèle inconnu jusqu'à lui, un essor également 
inconnu jusqu'à son époque. Toutes les parties de 
l'aménagement du sol : les eaux et les bois, le dé- 
frichement des terrains vagues, le dessèchement des 
marais, devinrent l'objet, sur le domaine de l'Etat, 
de mesures qui provoquèrent de grands travaux 
particuliers. 

Sully se montra beaucoup plus réservé pour ce qui 
touche à l'industrie, et surtout à l'industrie de luxe. 
C'est ainsi qu'il combattit la culture des vers à soie, 
préconisée par Henri IV qui dut lui imposer sur ce 
ce point sa volonté absolue. 

Sully s'inclina, devant le désir formel de son roi 
et non seulement il n'apporta plus d'obstacles à 
l'établissement de la culture dès vers à soie et des 
mûriers, mais il s'y prêta de telle façon qu'on lui en 
attribue tout le mérite, et qu'on ignore à cet égard 
son opposition primitive. 

Quelque temps après la mort de Henri IV, Sully, 
témoin du désordre et de l'incurie de la Régence, et 
se sentant impuissant à y remédier, comprit que son 
rôle était fini. 11 alla résider en Poitou, dont il avait 
le gouvernement, et il y vécut sur un grand pied jus- 
qu'à sa mort, qui ne survint que trente ans après. Il 
n'en sortit qu'une seule fois, en 1634, appelé à la 
cour où le roi Louis XIII lui remit le bâton de ma- 



HOMMES D'ÉTAT 



63 



réchal, mais il refusa de prendre aucune pari aux 
événements du règne de ce prince. 

On a de Sully, sous le nova A' Economies royales, 
de précieux mémoires, qui furent publiés pour la 
première fois en 1662. Ils sont rédigés sous une forme 
originale, Sully supposant qu'il écoute, en auditeur 
absolument silencieux, le récit de son existence et de 
ses actes, qui lui est fait par des secrétaires. 

« Dans ses Mémoires, — dit un écrivain du siècle 
dernier, — en traçant les qualités morales que doit 
posséder l'homme d'État, il a tracé son portrait sans 
s'en apercevoir. On y voit lapureté des mœurs, l'éloi- 
gnement du luxe, et ce courage stoïque qui dompte 
la nature, qui résiste à la volupté, qui se refuse à 
tout ce qui peut énerver l'âme. Sully avait adopté ces 
vertus par principe et par caractère. A la cour, il 
conserva l'antique frugalité des camps. Les riches 
eussent peut-être dédaigné sa table, mais les Du Gues- 
clin et les Bayard seraient venus s'y asseoir à côté dé 
lui. Le travail austère remplissait ses journées. Cha- 
que portion de son temps était marquée pour chaque 
besoin de l'Etat. Chaque heure, en fuyant, portait 
son tribut à la Patrie. Ses délassements mêmes 
avaient je ne sais quoi demâle et de sévère. C'était du 
repos sans indolence, et du plaisir sans mollesse. 
L'économie domestique l'avait formé à cette écono- 
mie publique, qui devint le salut de l'Etat. Ses 
ennemis louèrent sa probité, et sa justice eût étonné 
un siècle de vertu. » (Thomas, Eloge de Sully.) 



64 



SEINE-ET-OISE 



F. — EDUCATEURS ET PHILANTHROPES 



L'abbé «le l'Epée (Charles-Michel) (1712-1789). 

Destiné d'abord au barreau. Ch. Michel de l'Épée 
se livra à l'étude du droit qu'il ne tarda pas à aban- 
donner pour entrer dans les ordres. Obstiné jansé- 
niste, il refusa de signer le formulaire de l'archevêque 
de Paris; celui-ci ne voulut pas lui conférer la prê- 
trise, qu'il reçut de l'évêque de Troyes, neveu de 
Bossu et. 

Le hasard le conduisit un jour dans le réduit 
d'une pauvre femme où il trouva deux petites filles 
sourdes-muettes dont l'éducation avait été com- 
mencée par un prêtre qui venait de mourir. Il prit 
à tâche de continuer cette œuvre, ce qui décida de 
sa vocation et donna un apôtre et un père aux sourds- 
muets. 

Ayant observé que les mots qui composent les lan- 
gues humaines n'ont qu'un lien arbitraire et de pure 
convention avec les idées qu'ils représentent, il en 
conclut que l'idée se pourrait lier aussi bien à tout 
autre signe, à un geste, par exemple, qui en serait 
comme le mot, le véhicule et l'expression; l'œil 
remplacerait l'oreille qui manque au sourd-muet : 
c'était une anticipation de la télégraphie aérienne 
appliquée par des instruments vivants. 

Dès le xv° siècle, on avait bien essayé de donner 
aux malheureux sourds-muets quelques éléments 
d'instruction, en substituant à la parole des mouve- 
ments de doigts; mais, privée des moyens d'action et 



ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES 68 

de développement que lui refusaient les préjugés ou 
la dureté d'esprit de ce temps, cette excellente idée 
était, restée languissante pendant plus de deux cents 
ans. 

Esprit méditatif autant qu'inventif, l'abbé del'Epée 




commença par recueillir avec soin tous les signes 
établis déjà; il en ajouta de nouveaux en assez grand 
nombre, établit entre eux des rapports naturels et 
réguliers, et fonda enfin, sur des principes étudiés, 
l'art de comprendre et de se faire comprendre, dont 
les sourds-muets se trouvaient privés. 

Sa méthode établie, notre philanthrope voulut la 
mettre en pratique. Il recueille, dans son petit 



66 



SE1NE-ET-0ISE 



appartement de la rue des Moulins, tous les sourds- 
muets qu'il peut découvrir. Il les instruit et les entre- 
tient pour la plupart. Il en a bientôt quatre-vingts. Il 
multiplie les sacrifices et les privations.il suffit à tout, 
rognant chaque jour sur sa propre subsistance et pas- 
sant l'hiver sans feu. Il ouvre bientôt un second asile 
rue d'Argenteuil et trois autres pour les sourdes- 
muettes dans différents quartiers de Paris. 

L'opinion publique s'émeut enfin à la vue de ce 
dévouement. La foule accourt aux exercices publics 
auxquels il la convie : les élèves du bon de l'Ëpée 
sont applaudis, embrassés, couronnés de lauriers et 
acclamés par elle. Autant, jusqu'alors, on avait pris 
de précautions pour ne jamais présenter aux yeux 
de la société ces pauvres infirmes de naissance, au- 
tant on les recherchait pour les admirer. La czarine 
Catherine II, l'empereur Joseph II, émerveillés des 
récits qui leur en venaient, firent à l'abbé de l'Epée 
les offres les plus brillantes. Celui-ci ne voulut ac- 
cepter, dans son désintéressement, qu'un sourd-muet 
de chacun de ces souverains pour en former leur pre- 
mier Instituteur. 

II se fit ensuite des disciples en Suisse, en Espagne, 
en Hollande, à Rome. Dans une sollicitude qui 
devenait universelle, il eut la patience d'apprendre 
seul, pour ses sourds-muets, plusieurs langues. Il 
forma surtout le plus célèbre de ses disciples, l'abbé 
Sicard, qui fut son successeur. 

Sentant sa fin approcher, il craignit que son œuvre, 
personnelle et isolée, ne vînt à disparaître ; il chercha 
à lui assurer quelque puissante protection. Il obtint 
du duc de Penthièvre qu'il la recommandât à la famille 
royale. Marie-Antoinette alla visiter les humbles 



ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES 



6T 



asiles. Louis XVI accorda ensuite pour les sourds- 
muets les vastes bâtiments des Célestins, avec une dota- 
tion annuelle de 6.000 livres. Le grand homme de bien 
s'y installa avec ses disciples; la mort vint l'y ravir 
à son œuvre, le 23 décembre 1789, entouré de ses 
élèves et d'une nombreuse assistance. Il fut inhumé 
à Saint-Roch dans une chapelle où l'on voit sa pierre 
tombale constamment décorée de fleurs. 

Ses funérailles furent honorées par une députation 
de l'Assemblée nationale. Le 21 juillet 1791, l'Assem- 
blée constituante déclara nationale l'institution de 
l'abbé de l'Epée, et le plaça lui-même au nombre des 
citoyens qui ont bien mérité de la patrie et de l'huma- 
nité 

L'abbé de l'Epée a publié en 1784 un ouvrage 
anonyme dans lequel il expose sa méthode : Instruction 
des sourds-muets de naissance par la voie des signes 
méthodiques, ou, comme porte la 2° édition : La véri- 
table manière d'instruire les sourds-muets, confirmée 
par une longue expérience. Il a, en outre, fait imprimer 
un recueil d'exercices ainsi que des lettres sur son art 
écrites à un ami. 

Mais sa méthode n'était point exclusive et ne se 
bornait pas au langage des gestes. Il se servait de la 
dactylologie, reproduction par les doigts de chaque 
lettre de l'alphabet; il conseillait Y articulation arti- 
ficielle, résultat obtenu par la reproduction des 
sons de la parole, par l'inspection et l'imitation des 
mouvements des organes qui les produisent. Ces 
derniers moyens n'étaient alors pour lui que des 
accessoires de la méthode. 

Né à Versailles, l'abbé de l'Epée a sa statue sur 
l'une des places de cette ville. 



SEINE-ET-0IS2 



Quesnajr (François) (1694-1774). 

Ce précurseur Je la science économique est origi- 
naire du canton Je Montfort-l'Amaury. Sa première 
vocation l'appelant vers la chirurgie, il vint l'étudier à 
Paris. Après s'être établi d'abord à Mantes, où il 
publia des mémoires très remarqués concernant cet 
art, il fut rappelé à Paris comme secrétaire perpétuel 
de 1 Académie de chirurgie. Choisi comme chirur- 
gien de la famille royale, il se vit obligé de renoncer à 
sa profession, mais s étant concilié l'amitié de M me de 
Pojnpadour, il dut au crédit de cette dernière d'être 
nommé médecin particulier de Louis XV. 

Cette fonction lui laissant beaucoup de loisirs, 
Quesnay se rappela qu'il était né à la campagne et 
qu'il y avait été élevé. Comme il en avait gardé bon 
souvenir et qu'il avait été témoin de nombreuses di- 
settes, il résolut de remettre l'agriculture en hon- 
neur. 11 débuta dans sa carrière d'écrivain écono- 
miste, assez nouvelle pour lui, et très nouvelle pour 
son temps, par des articles qu'il fournit aux jour- 
naux de physique, de chimie et d'agriculture. Puis 
il s'occupa longuement de la question des grains dans 
Y Encyclopédie. 

Dans ce monument célèbre que tenta d'élever à 
l'esprit humain l'esprit philosophique du xvin" siè- 
cle, Quesnay put exposer successivement ses vues 
sur la science, inconnue jusqu'à lui, de l'économie 
politique. Toute une école d'adeptes ne tarda pas à se 
former sous son impulsion et celle du comte de Mira- 
beau (père de l'orateur) qui publia, en 1764, de 
concert avec Quesnay, son livre de V Economie rurale. 
Quatre ans plus tard, Quesnay, que couvraient ses 



ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES 



69 



très hautes protections, put faire paraître en toute 
liberté son ouvrage capital : La Physiocratie o u Con- 
stitution naturelle des Gouvernements. Le système 
économique exposé dans cet ouvrage se résume en 
cette formule : « La terre est la source de tous les 
biens qui sont dans le monde; elle produit tout et 
elle absorbe tout, pour tout rendre. » 

On a reproché à Quesnay de n'avoir pas tenu suffi- 
samment compte de tous les éléments qui aident en 
dehors de l'agriculture aux progrès de l'humanité. 
En effet, dans l'agriculture, unique occupation de 
l'homme, le même s'occupe de tout à la fois : de la 
culture de la terre, de l'élevage du bétail, du tissage 
des laines ; il opère ensuite un échange de son ex- 
cédent avec celui qui s'occupe de son côté d'une oc- 
cupation primitive, la chasse et la pèche. Mais 
quand les échanges sont d'autre nature et que le 
cercle va en s'agrandissant, l'industrie manufactu- 
rière en sort et marque promptement toute la diffé- 
rence qui la sépare de la simple industrie agricole. 
Puis, comme les échanges en viennent à s'opérer 
tous les jours, on voit naître le commerce, qui ne 
tarde pas à nécessiter l'emploi du moyen par excel- 
lence des échanges : la monnaie. Enfin, l'industrie 
développant toutes ses branches, les rapports de tous 
les facteurs de ces branches constituent en se multi- 
pliant et se pondérant, ce que l'on nomme : l'har- 
monie industrielle. 

•Les disciples de Quesnay ont été désignés sous le 
nom de physiocrates, pour ce motif qu'ils plaçaient 
dans le sol, suivant la leçon du maître, toute la puis- 
sance productive, Ceux qui sont venus après eux 
ont dû signaler cette erreur et démontrer que, quelle 



SErNE-ET-OlSE 



que soit l'importance de l'Agriculture, il ne faut 
pourtant pas la considérer comme le seul élément, le 
seul moteur stimulant de la vie sociale. Elle en est le 
premier, en effet, mais qui dit premier ne dit pas 
pour cela unique. Ainsi est-ce avec raison que la 
science économique actuelle a défini trois grands 
éléments de production ou trois sources de richesses : 
la Terre, sous sa forme naturelle ; le Travail et le 
Capital, sous leurs diverses formes sociales. 

Quant au maître lui-même, à^Quesnày, ainsi que 
nous l'avons dit, son esprit avait été frappé par la 
facilité de la disette à son époque. Malgré l'erreur où 
l'avait entraîné cette idée, il ne faut pas moins le te- 
nir pour le précurseur de l'Economie politique. C'était, 
du reste, un homme à l'esprit méditatif, et qui, mal- 
gré son heureuse position à la Cour, sentait et recon- 
naissait admirablement les mauvais côtés de l'abso- 
lutisme. 

M me du Hausset, femme de chambre de M me de 
Pompadour, raconte en ses Mémoires que Quesnay 
lui disait un jour en parlant de Louis XV : « C'est 
un homme que je ne puis pas voir sans frissonner. 
— Et pourquoi donc? — Parce que je pense toujours 
que, s'il le voulait, il me ferait tomber la tête des 
épaules... — Vous êtes fou, Quesnay; le Roi est si 
bon! — Sans doute ;mais s'il ne l'était pas!! » 

Tout ce que renferme de supportable ou de mau- 
vais, dans les temps passdSjfrÉhjistoire de l'absolu- 
tisme, éclate dans cette smp1.é réflexion. 




E. DENTU, EDITEUR 

CUREL, GOUGIS et C ie , Successeurs 

J ET 5, PLACE DE VALOIS PARIS, 

EXTRAIT DU CATALOGUE 

DES OUVRAGES RECOMMANDÉS 
POUR LIVRES DE PRIX, BIBLIOTHÈQUES DE CLASSE ET DE FAMILLE 



TITRE DE L'OUVRAGE 



Carnot 

Histoire de l'imagerie popu- 
laire 

[Histoire de la caricature an- 

- tique 

[Histoire de la caricature au 

moyen âge 

'Histoire de la caricature sous 

la réforme 

Histoire de la caricature sous 

la république 

Histoire de la caricature mo- 
derne 

Histoire des faïences patrio- 
tiques 

.Aventure d'un chien de 

chasse 

Contes d'un buveur de cidre. 

Siège de Bitche 

l Robert Helmont 

Les Mirabeau, 5 vol 

(Couronné par l'Académie). 
[ Voyages à travers l'Algérie. . 

' Alexandre lit 

La Guerre sous l'Eau 



AUTEUR 



Ed. Bonnal . 

Champfleury. 

Champlleury 

Champfleury 

Champfleury 

Champlleury 

Champfleury 

Champfleury 

De Cherville. 

A. Dalsème . 
A. Daudet. . 
de Loménie . 

Georges Robert 
Flourens. . . . 
G. Le Faurc . . 



FORMAT 



in-8° . . . 
in 18ill. . 



7 SO 



in-32. . 

in-18ill. 
in-8°ill. 
in-8° . . 

in-8° ill. 



1 » 

1 » 

2 >> 
10 » 
37 30 

20 » 

10 » 

6 » 



TITRE DE L'OUVRAGE 






AUTEUR 



Toussenel . 
Toussenel . 
M ce Bois . . 
Ed. Fo 

I)"' 




Les Robinsons Lunaires ... G. Le Faure . 

Cœur de Soldat G. Le Faure . . 

Fils de l'Océan Louis Mainard. 

Sans famille, 2 vol H. Malot. 

(Couronné par l'Académie). 

L'Esprit des bêtes 

Le monde des oiseaux, 3 vol. 

Sur la Loire 

Les jeux et les jouets 

Excursion du Petit Poucet 

dans le corps humain . 
Nouvelle cuisine bourgeoise 

(Pour jeunes filles) 

Ecole des Cuisinières 

Cuisine de tous les pays . . . 
La Cuisine classique, 2 vol. . 
La Cuisine artistique, 2 vol. 
La Cuisine d'aujourd'hui. . . 
Le Million du Père Raclot. . 

(Couronné par l'Académie). 
Lettres d'un chien errant. . . 

Cages et volières 

Les Mille et une Nuits . . 
Romans d'autrefois. . . . 

La Vie artistique 

Tout seul Vincent 

Cœur de Père Vincent 

Sauveteur P. Maël 

Le Torpilleur 29 p. Maël 

Sentiers verts et Prés fleuris. Adrien Pages 
Moune Jean Rameau. 

(Couronné par l'Académie). 

SOUS PRESSE : Galerie Française : Nos Grands Hommes, un 
illustré par département 



Urb. 

Urb. 

Urb. Dubois . 

Urb. Dubois. 

Urb. Dubois . 

Urb. Dubois . 

E. Richeboura 



Magnier 

Fulbert Dumonteil. 
L. Mainard . . . . 

Wissemans 

Geffroy . .'.... 



FORMAT 


az 

X 

ce 


in-8» ill. . 


6 » 


— 


6 » 


— 


6 » 


in-8° écu. 


10 » 


in-8° . . . 


7 » 


— 


21 » 


in-8° . . . 


6 » 


in-18 elz. 


5 » 


•M16 . . . 


3 50 


fjfr. in-18. 


3 50 


in-8» ill. . 


7 » 


— 


15 » 


in-4° ill. . 


40 » 


— 


25 » 


in-8° ill. . 


12 » 


in-18j. ill. 


3 50 


in-8° ill. . 


10 » 


in-18 jés. 


3 50 


— 


3 50 


— 


3 50 


in-18 rai. 


5 » 


in-18 jés. 


3 50 




3 50 




3 50 


in-18 j. ill. 


3 50 


in-18 jés. 


3 50 


in-18 jés. 


3 50 



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